Syrie: L’unité de soldats LGBT qui combat Daesh existe-t-elle vraiment?

CONFLIT Un groupe armé proche des forces kurdes a annoncé fin juillet la formation à Raqqa de TQILA, un groupe composé exclusivement de combattants gays…

H. B.

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Un groupe armé proche des forces kurdes a annoncé fin juillet la formation de TQILA, un groupe de combat LGBT dans la région de Raqqa en Syrie.

Un groupe armé proche des forces kurdes a annoncé fin juillet la formation de TQILA, un groupe de combat LGBT dans la région de Raqqa en Syrie. — Capture d'écran Twitter

  • Depuis fin juillet, des clichés montrant une « Armée de libération et d’insurrection Queer » combattant Daesh en Syrie ont fleuri sur les réseaux sociaux.
  • L'information concernant l'existence d'un tel commando a été reprise par de nombreux médias.
  • Pourtant, il est très difficile de vérifier la véracité de cette information.

« Ces gays tuent les fascistes. » C’est le message inscrit sur une banderole fièrement brandie sur une photo prise à Raqqa et diffusée fin juillet sur Twitter par des membres de « l’Armée de libération et d’insurrection Queer », une unité de combattants LGBT qui aurait été spécialement créée pour lutter contre Daesh aux côtés des Kurdes en Syrie.

« Les membres de la « Queer Insurrection and Liberation Army » (TQILA) ont observé avec horreur les forces extrémistes et fascistes attaquer la communauté queer et en tuer d’innombrables membres (…) Les images d’hommes gays jetés de toits d’immeubles et lapidés par Daesh, étaient des choses devant lesquelles nous ne pouvions pas rester les bras croisés », détaille le communiqué envoyé le 24 juillet par un groupe armé proche des forces kurdes revendiquant la création de cette unité d’élite.

L’annonce de la création de cette armée, un peu spéciale, a largement été relayée sur les réseaux sociaux, et même reprise par de nombreux médias occidentaux. Cette information a toutefois laissé très perplexe certains experts du conflit syrien.

De la pure propagande ?

« Ce n’est ni plus, ni moins de la propagande pour s’attirer la sympathie des milieux humanistes occidentaux », estime Romain Caillet, historien français spécialiste de la mouvance djihadiste. « Seulement deux photos de combattants de cette unité ont été publiées. Pas de témoignage, ni d’éléments concrets. Pour moi, ce n’est que de la mise en scène, ces combattants n’existent pas. »

Dans le monde arabe, l’information n’a même pas été reprise. « C’est avant tout un coup de com' à destination de l’Occident », ajoute Romain Caillet. «  L’YPG [les unités de protection du peuple kurde] a l’habitude de communiquer de cette manière. Le fait de mettre régulièrement en avant les femmes soldats de son contingent relève du même ressort ».

Une réalité « compliquée » sur le terrain

« Quoi qu’il en soit, si cette unité de combattants queers existait vraiment, je ne vois pas comment elle pourrait interagir avec les autres factions kurdes sur le terrain », s’interroge le spécialiste de la mouvance djihadiste.

De nombreux groupes armés se battent en effet sous les drapeaux des Unités de protection du peuple (YPG), branche militaire du parti kurde de Syrie. On y retrouve notamment des sous-groupes qui ont en commun de se revendiquer de la gauche révolutionnaire (anarchiste, marxiste-léniniste…).

Un démenti des forces armées kurdes

Sans preuve concrète, l’existence de cette unité révolutionnaire gay serait donc à prendre avec des pincettes. D’autant plus que quelques jours après la diffusion du communiqué annonçant la création de TQILA, des responsables de l’YPG auraient totalement démenti l’info.

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« Ils ont indiqué n’avoir jamais eu connaissance d’une telle unité parmi leur contingent », explique un journaliste spécialiste du conflit syrien. « Soit c’est effectivement bidon, soit ils n’assument pas de combattre à leurs côtés » dans une société où l’homosexualité reste moralement et socialement condamnée. « Les homosexuels continuent aujourd’hui d’être persécutés, même dans les territoires occupés par les Kurdes », fait d’ailleurs remarquer Romain Caillet.