Syrie: Jusqu'où peut aller l'escalade entre Washington et Moscou?

DIPLOMATIE Les Etats-Unis ont abattu un avion militaire syrien, dimanche, ravivant les tensions dans la région...  

P.B. avec AFP

— 

Un F/A-18E Super Hornet de l'armée américaine.

Un F/A-18E Super Hornet de l'armée américaine. — Aaron B. Hicks/U.S. Navy/SIPA

La poussée de fièvre après les tirs de missiles Tomahawk, en avril dernier, était retombée. Mais alors que Washington a abattu un avion du régime syrien, dimanche, Moscou a haussé le ton, lundi, menaçant de considérer les appareils américains comme des cibles potentielles.

Une première depuis 1999 en Bosnie

L’acte n’est pas anodin. C’est la première fois depuis 1999 en Bosnie qu’un appareil américain abat un avion avec pilote d’un autre pays. Le militaire syrien du Su-22 touché le missile d’un Super Hornet américain par a pu s’éjecter mais son sort n’était pas connu dans l’immédiat, selon Moscou.

Selon Washington, l’appareil du régime syrien a tiré sur des combattants soutenus par les Etats-Unis, au sud-ouest de Raqqa. De son côté, Damas jure qu’il visait des positions contrôlées par Daesh.

Les communications militaires interrompues

Dans la foulée, Moscou a coupé la ligne rouge mise en place avec Washington pour coordonner les actions militaires en Syrie et éviter les incidents. La ligne avait déjà été suspendue en avril. « Nous allons travailler dans les prochaines heures sur le plan diplomatique et militaire pour rétablir » les communications avec la Russie, a indiqué le chef d’état-major inter-armées américain Joe Dunford.

Une ligne rouge pour Moscou

Son ministère de la Défense a indiqué que les « avions et les drones de la coalition internationale repérés à l’ouest de l’Euphrate seront suivis et considérés comme des cibles par les moyens terrestres de défense antiaérienne et par les moyens aériens ». Moscou dispose de systèmes de défense anti-aérienne S-300 et S-400 déployés en Syrie mais les experts doutent que la Russie ait la capacité de détecter et suivre les avions volant à basse altitude de si loin, surtout avec la présence de montagnes – le système n’avait déjà pas fonctionné face aux missiles Tomahawk.

Stratégie américaine à clarifier

« Ce n’est probablement pas la dernière fois que les forces américaines frappent des forces du régime, spécialement pour protéger des forces américaines et alliées sur le terrain », a indiqué lundi Luke Coffey, un analyste militaire de la fondation Heritage. Alors que Barack Obama avait toujours refusé un affrontement direct, Donald Trump a été convaincu par ses généraux de changer d’approche. Charles Lister, du Middle-East Institute, estime cependant que les Etats-Unis « vont devoir clarifier leur stratégie de long terme pour la Syrie ». Sinon, ils « courent le risque que les incidents d’auto-défense se multiplient et soient perçus [par Moscou] comme des actes d’agression », conclut le chercheur.