Alep : Pourquoi la Russie a finalement accepté la résolution de l’ONU ?

SYRIE Le Conseil de sécurité de l’Onu a décidé ce lundi à l’unanimité, y compris la Russie, de déployer rapidement des observateurs à Alep-est pour y superviser les évacuations et évaluer la situation des civils…

Delphine Bancaud

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Le jeudi 15 décembre 2016 montre des habitants en passe d'être évacués de l'est d'Alep, en Syrie.

Le jeudi 15 décembre 2016 montre des habitants en passe d'être évacués de l'est d'Alep, en Syrie. — Uncredited/AP/SIPA

Un non ferme, qui s’est finalement transformé en oui. La Russiequi soutient le régime du président syrien Bachar al-Assad, a finalement voté la résolution de l’ONU ce lundi, visant à déployer des observateurs onusiens à Alep pour y superviser les évacuations et évaluer la situation des civils. Elle avait annoncé dans un premier temps son intention d’y opposer son véto. 20 minutes analyse ce revirement.

Pourquoi la Russie s’opposait-elle à ce texte initialement ?

La Russie avait menacé d’y opposer son veto. « Nous ne pouvons laisser voter ce texte car c’est un désastre », a ainsi déclaré, dimanche, Vitali Tchourkine, l’ambassadeur russe à l’Onu. Il a estimé le plan français « impraticable et dangereux ». « Nous n’avons pas en soi de problème avec quelque sorte de supervision que ce soit », a-t-il déclaré. « Mais l’idée qu’on devrait leur demander [aux observateurs] de parcourir les ruines d’Alep-est sans préparation adéquate et sans informer quiconque de ce qui est en train de se passer équivaudrait à une catastrophe », a-t-il estimé.

Mais, pour les observateurs, la Russie avait bien d’autres raisons de s’opposer à ce texte : « Il était proposé par la France. Or la France et la Russie ont des positions diamétralement opposées sur le dossier syrien. S’opposer à cette résolution, c’était s’opposer à la France », souligne Igor Delanoë, directeur adjoint de l'Observatoire franco-russe. Par ailleurs « sur place, les Russes ne veulent sans doute pas que les observateurs de l’ONU constatent certaines exactions commises par le régime syrien », souligne Dominique Colas, professeur à Sciences Po et spécialiste de la Russie. Enfin, la Russie veut s’imposer comme le souverain des négociations diplomatiques et a d’ailleurs bloqué à six reprises des projets de résolution occidentaux sur la Syrie depuis le début du conflit.

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Qu’est-ce qui l’a fait changer d’avis ?

Après s’être montrée inflexible, la Russie a finalement soumis dimanche au Conseil de sécurité de l’ONU sa propre résolution sur la situation à Alep. Le texte russe, que l’AFP a pu consulter, ne mentionne pas la présence d’observateurs internationaux sur le terrain. Il se contente de demander à l’ONU de prévoir des « arrangements » afin de « superviser la situation des civils encore présents à Alep ». Reste que le pays a accepté malgré tout la discussion et, après presque quatre heures de consultations, « un terrain d’entente » a été trouvé. Vitali Tchourkine a d’ailleurs reconnu qu’il s’agissait « d’un bon texte ».

Si la Russie a finalement été plus conciliante que prévu, c’est que l’enjeu de ce rapport de forces n’était pas si important pour elle, estime Dominique Colas : « La Russie et son allié syrien ont gagné. Elle mène le jeu sur le plan militaire et diplomatique dans le dossier syrien et ce signe de bonne volonté vis-à-vis des autres grandes puissances mondiales ne lui coûte rien. C’est un revirement d’apparence », affirme-t-il.

« Il faut y voir une volonté de la part des Russes, de souffler le chaud et le froid, d’imposer leur propre timing diplomatique. D’une manière générale, les Russes modulent leurs initiatives diplomatiques en fonction des objectifs et intérêts militaires qu’ils fixent pour le régime d’Assad. Les « surprises stratégiques » font partie de leur tactique sur le dossier syrien depuis le début », indique Julien Nocetti, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Un positionnement qui s’explique aussi par le contexte actuel, selon le chercheur : « Le temps joue pour Vladimir Poutine avant la mise en place de la nouvelle administration Trump. Il est primordial de son point de vue de conserver l’avantage sur les Etats-Unis afin d’être en position de force diplomatique et de pouvoir dicter de nouvelles conditions pour les négociations de Genève sous l’égide des Nations unies », poursuit-il.

Autre raison qui peut expliquer ce rétropédalage de la Russie, selon Igor Delanoë : «L’attaque de bus dimanche participant à l’évacuation des habitants de deux villages syriens par des groupes de terroristes non identifiés a dû faire craindre aux Russes que ce type de drame puisse se produire à plus grande échelle lors des évacuations de civils à Alep. Ils ont donc rebondi sur l’initiative française de laisser l’ONU superviser ces évacuations », poursuit-il.

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