Un bombardement sur la ville rebelle de Daraya en Syrie, le 24 février 2016.
Un bombardement sur la ville rebelle de Daraya en Syrie, le 24 février 2016. - CHINE NOUVELLE/SIPA

Une première en près de cinq ans de guerre. Une trêve de quinze jours entre le régime de Bachar al-Assad et une centaine de factions rebelles et les forces kurdes débute samedi minuit. Cet arrêt temporaire des combats, parrainé par les Russes et les Etats-Unis, ne sera pas respecté dans toute la Syrie puisque les djihadistes de Daesh et du Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, ne participent pas à cette trêve. Alors, qu’attendre de la cessation des hostilités dans ce conflit qui a fait plus de 270.000 morts ? Réponses en plusieurs points…

Des annonces de tractations pour un cessez-le-feu

La trêve est destinée à « donner une impulsion vers un règlement politique du conflit et créer les conditions pour qu’un tel processus débute », a souligné vendredi le président russe Vladimir Poutine. Cette trêve est ainsi considérée comme un « premier pas » vers un cessez-le-feu plus permanent entre les belligérants, a précisé le 12 février le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. Mais derrière les annonces, la réalité pourrait être tout autre. « L’intention affichée est bien un cessez-le-feu, mais à cause de l’intransigeance des parties belligérantes, les positions sont irréconciliables et un cessez-le-feu a très peu de chances de tenir », souligne Barah Mikaïl, professeur à l’université Saint-Louis de Madrid.

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Peu de répit pour la population syrienne

Pour les grandes puissances, cette trêve est l’occasion de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire dans les villes syriennes. Si l’accord « est mis en œuvre, il va non seulement permettre de faire reculer les violences, mais aussi d’étendre la livraison d’aide humanitaire aux zones assiégées qui en ont urgemment besoin (…)», a souligné lundi le secrétaire d’Etat américain John Kerry. Mais là encore, le docteur en sciences politiques Barah Mikaïl est sceptique : « l’acheminement de l’aide humanitaire est perçu, par le régime, comme permettant le passage d’espions et d’opposants. C’est pourquoi ses conditions pour permettre un acheminement de cette aide devraient être tellement élevées qu’il ne devrait finalement pas être possible ».

De nouveaux combats

Si la cessation des hostilités a été négociée entre les Etats-Unis et la Russie, elle ne veut pas dire la fin des combats en Syrie. Vladimir Poutine a expliqué que la Russie continuerait, après l’entrée en vigueur de la trêve, à combattre Daesh, le Front al-Nosra et d’« autres organisations terroristes » sans préciser lesquelles. Cette mention pose question car tant le régime de Bachar al-Assad que l’allié russe qualifie de « terroristes » tous les opposants au pouvoir syrien, djihadistes ou non…

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Les Etats-Unis, qui eux soutiennent l’opposition au président syrien Bachar al-Assad, ont précisé ne pas se faire « trop d’illusions » sur cette cessation des hostilités, quand la Turquie a affirmé que la trêve n’est « pas contraignante » pour elle. Comme le résume Barah Mikaïl, les conditions ne sont toujours pas réunies pour faire naître un répit en Syrie : « Les opposants au régime sont-ils aujourd’hui capables de s’unir ? Non. Le régime syrien est-il prêt à négocier un départ de Bachar al-Assad ? Non. Les parties prenantes de ce conflit sont-elles prêtes à négocier ? Non, car elles ont chacune leur agenda et leurs intérêts. » Et de conclure : « Un bouleversement de ces équilibres ne peut que se traduire par un changement des rapports de forces militaires. C’est pourquoi l’on voit les Russes intensifier leurs frappes sur les bastions rebelles, afin que le régime reprenne la main dans le pays. »

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