Le chef de la diplomatie américaine John Kerry (d) et son homologue russe Sergueï Lavrov, le 11 février 2016 à Munich
Le chef de la diplomatie américaine John Kerry (d) et son homologue russe Sergueï Lavrov, le 11 février 2016 à Munich - Christof STACHE AFP

Cette nuit, les Russes et les Américains sont tombés d’accord sur une « cessation des hostilités » en Syrie. Qu’est-ce que ça veut dire ? 20 Minutes fait le point.

En quoi consiste cet accord ? 

Il ne s’agit pas d’un « cessez-le-feu », mais d’une « cessation des hostilités » et la nuance sémantique est de taille. L’idée, c’est que les parties en présence en Syrie – coalition internationale, forces loyalistes, opposition – marquent une pause dans leurs combats. Bien sûr, l’accord n’inclut pas les mouvements djihadistes Daesh et Al-Nosra. Autrement dit, les attaques des uns et des autres contre ces groupes peuvent se poursuivre. Et la cessation n’est pas immédiate : elle doit se mettre en place dans une semaine. L’objectif de cette pause est de permettre l’acheminement de l’aide humanitaire qui doit être livrée aux civils dans les zones assiégées « dès ce week-end », affirme le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier. Comment ? Les 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) doivent discuter des modalités ce vendredi après-midi.

Les combats vont-ils vraiment s’arrêter ? 

On peut en douter. D’abord parce que l’accord ne prévoit pas formellement l’arrêt des frappes russes. Du coup, pas sûr que les combattants du régime, qui subissent ces frappes russes depuis des semaines, déposent gentiment les armes. Ils risquent plutôt de rester mobilisés en attendant de voir « l’application de l’accord sur le terrain », comme l’a souligné Salim al-Muslat, porte-parole de l’opposition syrienne. John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, ne dit pas autre chose : « Les résultats seront mesurés par ce qui se passera sur le terrain (…) pas sur les mots qui sont sur un bout de papier ce soir ». Les Russes vont-ils poursuivre leurs bombardements ? Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, s’est contenté de déclarer que c’était au gouvernement et à l’opposition syrienne « de prendre les mesures nécessaires », ajoutant : « Nous devrons probablement user de notre influence sur les parties ».

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Est-ce un premier pas vers la paix ?

C’est surtout un premier pas vers de nouvelles négociations de paix. Des pourparlers avaient été engagés début février à Genève (Suisse), mais ils avaient été rapidement suspendus en raison de l’offensive menée par les troupes syriennes et appuyées par l’aviation russe, notamment dans la région d’Alep. Si la « cessation des hostilités » se met vraiment en œuvre, les négociations entre les différentes parties – à l’exception des organisations djihadistes – reprendront à Genève. La date du 25 février est d’ores et déjà évoquée.

Qui a gagné cette nuit ? 

Les Russes sans doute, puisque l’accord n’a rien de contraignant à leur égard. Ce qui se dessine plus que jamais, c’est un avenir avec Bachar al-Assad. « C’est ce que veulent les Russes, qui entretiennent des relations de longue date avec le régime syrien, et les Etats-Unis n’ont pas de meilleure solution à proposer », analyse Olivier Richomme, maître de conférences en Civilisation américaine à l’Université Lyon II. Et puis, même si les Américains ne portent pas Al-Assad dans leur cœur, « leur priorité absolue, c’est la lutte contre l’EI. Le maintien d’un dictateur qui peut potentiellement limiter l’expansion de Daesh et sa capacité à frapper à l’étranger n’est donc pas opposé aux intérêts américains. En ce moment, les Etats-Unis ont besoin de tout le monde - des Russes, des Turcs, des Iraniens ou encore des Saoudiens - ce qui ne va pas arrêter de donner lieu à des alliances a priori contre-nature », prédit Olivier Richomme. Et ce ne sont pas les critiques du gouvernement français contre les « ambiguïtés » des Etats-Unis qui changeront la donne : « L’engagement militaire de la France en Syrie est mineur et son poids l’est tout autant », conclut le spécialiste.

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