Syrie: «Ce serait stupide pour le régime d'utiliser des armes chimiques»

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Publié le 7 décembre 2012.

INTERVIEW - Thomas Pierret, maître de conférences sur l'islam contemporain à l'université d'Edimbourg (Ecosse), fait le point sur le conflit...

Alors que les rumeurs sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien se font de plus en plus insistantes, les combats font toujours rage en Syrie, et notamment autour de Damas. Thomas Pierret, maître de conférences sur l’islam contemporain à l’université d’Edimbourg (Ecosse), analyse pour 20 Minutes les derniers événements.

L’utilisation d’armes chimiques, réalité ou désinformation pour pousser à une intervention?

Je penche pour une troisième explication. C’est un jeu de dupes dans lequel personne n’est dupe. Lors de la guerre en Irak, en 2003, c’était un prétexte à intervenir, ici c’est pour ne pas intervenir. Barack Obama a déjà tenu des propos similaires il y a quelques mois, les armes chimiques sont la ligne rouge à ne pas dépasser. Mais cela signifie que pour Bachar al-Assad, tout le reste est acceptable, il peut continuer à réduire des villes en cendres. Je pense donc qu’il s’agit pour les Américains d’une manière de se laver les mains du problème. Ce serait ainsi stupide pour le régime d’y recourir car, outre le risque d’une intervention étrangère, ses alliés russes et chinois pourraient le lâcher. Par ailleurs, il m’apparaît difficile d’utiliser de telles armes dans le contexte actuel du conflit qui se situe en zone urbaine où les lignes se touchent. Cela serait un risque pour les propres troupes du régime. Je n’imaginerais son utilisation qu’en tant que geste désespéré, de manière suicidaire, si le régime est sur le point d’être vaincu. Mais, à l’heure actuelle, j’ai l’impression que tout le monde est content avec ce bruit-là, sauf la population syrienne.

Que peut-on dire des combats actuels qui se renforcent particulièrement à Damas?

Si le régime perd Damas, il perd tout. On note des progrès des rebelles qui ont obtenu des succès importants autour de la capitale syrienne, mais cela ne signifie pas que la fin est proche. Cette impression d’avancée est renforcée par le fait qu’ils ont pris beaucoup d’infrastructures militaires, mais Damas est une ville très militarisée, sur la ligne de front avec Israël, qui comprend tellement de ces installations que le régime est incapable de les défendre. Cela peut apparaître comme un signe de faiblesse, mais l’armée syrienne, qui a une puissance de feu phénoménale, est capable d’opposer une défense féroce et de tenir longtemps. La fin du conflit n’est pas une affaire de jour ou de semaines, mais de mois, et nous allons assister à des combats terribles dans Damas.

Les missiles Patriot déployés par la Turquie à sa frontière peuvent-ils avoir une utilisation autre que défensive?

Ce sont des missiles à longue portée, qui pourraient servir à établir une zone d'exclusion aérienne au-dessus du Nord de la Syrie. Toutefois, je n'y crois guère. Les Patriot ont été déployés par l’Otan, prêtés par l'Allemagne et les Pays-Bas, qui sont, comme la Turquie, extrêmement prudents sur la question. Ainsi, ces missiles ne seront utiles que si le régime syrien se met à faire des choses idiotes, comme tirer des Scuds sur la Turquie, parce qu’il sait qu’il a perdu.

La coalition nationale syrienne a-t-elle des chances de s’imposer politiquement?

Jusqu’à présent, cela n’a pas mal marché, il y a eu une reconnaissance symbolique de la France, de la Grande-Bretagne et de la Turquie, ce qui est assez important. Toutefois, ils veulent des armes, mais je ne pense pas qu’ils les obtiendront. A l’heure actuelle, seuls les pays du Golfe fournissent une aide militaire, les Occidentaux se contentant de leur fournir des équipements non létaux, comme du matériel de communication. De leur côté, les Etats-Unis attendent autre chose, un gouvernement intérimaire, garant de stabilité - du moins le pensent-ils -, avec d’anciens du régime syrien. Cela est coordonné avec les Saoudiens qui, généralement hostiles à la démocratie, rêveraient d’un Etat autoritaire dirigé par des militaires. Contrairement à ce que l’on peut croire, ils n’aiment pas les gouvernements islamistes, en particulier s'ils sont élus. En Egypte par exemple, leur stratégie après la révolution n'a pas été de soutenir les Frères Musulmans, mais bien les militaires.

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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