La Russie et la Chine ont opposé ce samedi leur veto lors d'un vote au Conseil de sécurité de l'ONU sur un projet de résolution soutenant le plan de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du président syrien Bachar al Assad. Les treize autres membre du Conseil ont voté en faveur de ce texte.
L'Elysée a réagi dans la soirée, en «déplorant vivement» que «le Conseil de sécurité n’ait pu, pour la seconde fois, s’exprimer sur la situation en Syrie». Moscou et Pékin avaient déjà usé de leur droit de veto en octobre à l'ONU contre une résolution condamnant la répression des manifestations antigouvernementales en Syrie qui a fait selon l'ONU plus de 5.000 morts depuis mi-mars 2011.
«La tragédie syrienne doit cesser», juge la Présidence de la République dans un communiqué, en soulignant que «ceux qui ordonnent, commettent ou laissent commettre de tels crimes contre l’humanité devront en répondre». L'Elysée pointe également du doigt sans les nommer «les États qui empêchent le Conseil de sécurité de condamner ces actes», estimant qu'ils «encouragent le régime syrien à persévérer dans sa politique cruelle et sans issue.»
«La France ne se résigne pas», poursuit le communiqué. Paris souhaite ainsi créer un «Groupe des amis du peuple syrien», en concertation «avec ses partenaires européens et arabes», «qui aura pour objectif d’apporter tout l’appui de la communauté internationale à la mise en œuvre de l’initiative de la Ligue Arabe».
Mohammed Loulichki, ambassadeur du Maroc à l'ONU et seul représentant d'un pays arabe du Conseil de sécurité, a quant à lui fait part de «son grand regret et de sa grande déception» face à la décision de Moscou et de Pékin.
Alain Juppé a aussi exprimé ses regrets sur France 2. «C'est une lourde responsabilité parce que ça paralyse la communauté internationale», a dit le ministre des Affaires étrangères français sur France 2. L'ambassadeur de France à l'ONU, Gérard Araud a parlé de «jour triste pour ce Conseil, jour triste pour tous les Syriens et jour triste pour la démocratie».
Interrogé sur Itélé samedi soir, le diplomate a indiqué «ne pas comprendre» le veto de la Russie et de la Chine, qui intervient 30 ans après le massacre de Hama - ordonné par Hafez al-Assad, père de l'actuel chef d'Etat - et au lendemain du bombardement de Homs. «Le père [al-Assad] était un assassin, le fils en est un aussi», a lancé Gérard Araud.
Les amendements réclamés par Moscou ont été rejetés par les diplomates européens et jugés inacceptables par l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Susan Rice. Selon ces amendements, consultés par Reuters, la Russie souhaitait notamment que l'opposition syrienne soit condamnée au même titre que le régime pour les violences.
«Nos amendements ne réclament pas d'efforts extrêmes», avait fait valoir Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères. «Si nos collègues font preuve d'une approche constructive, nous obtiendrons (...) une résolution collective au Conseil de sécurité qui, j'en suis persuadé, sera signée par tous les pays sans exception. »
Barack Obama avait réagi avec fermeté plus tôt ce samedi, au lendemain du bombardement meurtrier de Homs - dans lequel 260 civils ont trouvé la mort, selon Conseil national syrien (CNS). Le président américain a qualifié l'événement «d'attaque effroyable» et a appelé au départ du président Bachar al-Assad.
Barack Obama avait demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de se dresser contre la «brutalité impitoyable» des autorités syriennes.