Viktor Bout, ancien officier de l'armée russe, comparaît à partir de ce mardi devant un tribunal fédéral à New York, sous l'accusation d'avoir organisé le plus important réseau privé de trafic d'armes du monde. L'ancien pilote et traducteur de l'armée soviétique, surnommé «le marchand de mort», a plaidé non coupable le 17 novembre. Il risque entre 25 ans de prison et la détention à perpétuité s'il est reconnu coupable.
L'homme de 44 ans, arrêté en 2008 dans un hôtel de Bangkok, est accusé d'avoir essayé de vendre un arsenal de fusils et de missiles air-surface à des agents secrets américains se faisant passer pour des guérilleros des FARC colombiennes. Mais il est plus généralement soupçonné d'avoir utilisé une flotte d'avions cargos constituée après la fin de la guerre froide pour transporter des armes en Afrique, en Amérique du Sud et au Moyen-Orient. Ayant utilisé au moins sept pseudonymes dans sa carrière et parlant plus de six langues, il est considéré par certains comme un ex-membre du renseignement militaire soviétique.
Il a inspiré le personnage joué par Nicolas Cage dans le film Lord of War (Le seigneur de guerre) sorti en 2005. Prévu pour trois semaines, le procès commencera mardi par la sélection des 12 jurés, à choisir parmi 80 personnes. Elle pourrait s'étendre sur deux jours, selon la juge Shira Scheindlin. Les autorités ont prévu d'importantes mesures de sécurité. Le 5 octobre, lors d'une brève audience préalable, la juge a précisé qu'elle demanderait aux jurés et à leurs remplaçants de s'engager à ne pas lire sur internet ou ailleurs tout ce qui a été écrit sur Viktor Bout. Ce pour protéger son droit à un jury impartial.
Mais cela pourrait s'avérer difficile. S'il avait su rester discret dans l'entreprise de transports qu'il a reconnu avoir dirigé en Afrique après la chute de l'ex-URSS, sa notoriété n'a depuis cessé de grandir. Michael Braun, l'un des agents de l'Agence anti-drogue des Etats-Unis qui a mis en place le stratagème ayant conduit à son arrestation en Thaïlande, a affirmé sur CBS qu'il était l'un des «hommes les plus dangereux du monde». Selon les autorités américaines, Bout avait affirmé aux faux membres des FARC qui l'ont arrêté qu'il pouvait leur livrer 700 missiles, 5.000 fusils d'assaut et des millions de munitions, en plus de mines anti-personnel et d'explosifs.
Parmi ses faits d'armes, qui ne font pas l'objet du procès à New York, Bout aurait alimenté les guerres en Afghanistan, en Angola, en République démocratique du Congo, au Liberia, Rwanda, Sierra Leone et Soudan. A bord de ses avions cargos - il en aurait eu jusqu'à 60 - «il pouvait transporter son matériel et le livrer avec une grande précision, dans n'importe quel désert, n'importe quelle jungle, n'importe quel endroit reculé de la planète, jusque dans les mains de ce que j'appellerais le pot-pourri de la racaille internationale», a expliqué Michael Braun.
Ce procès intervient dans un contexte de relations tendues entre Washington et Moscou. La Russie avait longtemps permis à Bout de vivre ouvertement à Moscou et avait protesté violemment après son extradition de Thaïlande vers les Etats-Unis en 2010, après une longue bataille judiciaire russo-américaine. Pour Louis Belanger, porte-parole de l'organisation humanitaire Oxfam, le cas Bout - et la difficulté de le juger - met en lumière le problème du marché des armes non régulé: qu'il soit coupable ou non, cela montre que les marchands d'armes ont pu trop longtemps agir dans un vide juridique. «Nous avons des règles internationales de commerce pour les bananes, les iPods ou les chaussures. Il devrait y en avoir pour les armes», ajoute-t-il.