INTERVIEW - Thierry Mariani est député (UMP) du Vaucluse et préside les groupes parlementaires France-Russie et France-Ukraine à l'Assemblée nationale...
Le conflit gazier entre la Russie et l'Ukraine qui a débuté le 1er janvier n'en finit plus. L'UE tente de trouver une solution pour sortir de la crise.
Malgré des accords, le différend entre l'Ukraine et la Russie n'est toujours pas résolu. Quel intérêt en tirent les deux pays?
La Russie ne tire aucun avantage de la situation. L'Ukraine est, pour le moment, un point de passage obligatoire du gaz en direction de l'Europe. La Russie vit principalement de la vente de ses matières premières. L'augmentation du prix du gaz (à l'origine du conflit entre les deux pays, ndlr), n'est pas anormale. Les tarifs que propose Moscou ont certes augmenté, mais ils restent encore inférieurs au prix du marché. De plus, la Russie n'a pas intérêt à bloquer les livraisons puisqu'elle risque de voir
son image de «partenaire fiable» s'effriter auprès de l'Union Européenne. Du côté Ukrainien, l'intérêt que peut tirer Kiev de la situation est l'annulation de sa dette auprès de la Russie en se servant de l'UE pour faire pression sur le Kremlin ou pour obtenir une aide des 27.
Pourquoi l'Europe intervient dans ce conflit qu'elle qualifie de «bilatéral»?
Lorsque la crise a commencé, l'UE a tout de suite souligné qu'il s'agissait d'un conflit financier entre deux Etats dans lequel elle n'avait pas à intervenir. Mais aujourd'hui, avec le prolongement du différend, l'UE se retrouve impactée par le conflit. L'Union est victime, malgré elle, de cette crise. Son intervention dans ce conflit bilatéral est celle d'un médiateur qui
a décidé d'envoyer des observateurs sur place pour contrôler le transit du gaz.
>> La carte des conséquences de la crise du gaz pays par pays.
Quelle leçon tirent les 27 de cette crise?
La leçon à retenir est celle de la nécessité qu'ont les Etats membres à diversifier leurs sources d'approvisionnement et les voies de transit du gaz. Deux grands projets de gazoducs sont en cours depuis quelques années. Premièrement, le projet «Nabucco» qui prévoit de relier le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan à l'Europe, en passant par la Turquie. «Nabucco» a été lancé en 2002 et est prévu pour 2013, mais sa construction n'a pas encore commencé. Deuxièmement, le projet «Nord stream», qui relierait, sur 1198 kilomètres, la Russie directement à l'Allemagne, sans aucun pays de transit. L'essentiel aujourd'hui pour l'UE est de comprendre qu'il faut limiter la dépendance vis-à-vis d'un pays fournisseur, tout en sachant que les 27 ne pourront se passer totalement du gaz russe.
Maud Descamps