Le juge va devoir déterminer, lors de la première audience, si le procès se déroulera à huis clos, malgré les protestations des proches de la victime et de leurs avocats. Un procès fermé au public pourrait être justifié par le fait que l'un des accusés, Pavel Riagouzov, est un agent du FSB (ex-KGB). Cet homme, soupçonné d'avoir fourni l'adresse de Politkovskaïa aux tueurs, a déjà demandé et obtenu qu'un tribunal militaire juge l'affaire.
Alexander Mineev, journaliste à la Novaïa Gazeta, revient sur le déroulement de l'enquête:
(Vidéo: le 12 octobre 2007, Conférence de presse au Centre d'Accueil de la Presse etrangère à Paris)
La famille de la journaliste veut un procès public
«Nous allons fermement réclamer que le procès soit ouvert. Maman était journaliste et je considère qu'il est impossible de faire de ce procès, qui concerne une journaliste, un procès fermé», a déclaré à l'AFP Ilia Politkovski, le fils de la victime, jugeant cependant «peu probable» que cette demande soit satisfaite.Un pessimisme partagé par les experts de ce type de dossier.
«Les conditions pour qu'une cour militaire juge l'affaire ont été créées artificiellement, justement pour avoir un huis clos», estime Boris Timochenko, du Fonds de défense de la transparence, une association russe de défense de la presse.
Ni les proches d'Anna Politkovskaïa ni les associations de défense des journalistes ne s'attendent à ce que les audiences fassent toute la lumière sur cet assassinat. «Je n'ai pas d'espoir qu'au cours du procès le nom du commanditaire soit révélé», estime Ilia Politkovski.
Le tireur identifié mais toujours en fuite
La journaliste, une des rares à avoir continué à couvrir le conflit en Tchétchénie au début des années 2000 et à dénoncer les atteintes aux droits de l'Homme en Russie, a été assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou. Outre l'agent du FSB, trois personnes seront jugées: deux frères tchétchènes, Djabraïl et Ibraguim Makhmoudov, soupçonnés d'avoir procédé à la surveillance de la journaliste, et un complice, membre de la police criminelle, Sergueï Khadjikourbanov.
Le tireur présumé, un troisième frère Makhmoudov, Roustam, est en fuite. Et l'identité du commanditaire, tout comme le motif du crime, n'ont jamais été établis. Plusieurs pistes ont été évoquées, d'une vengeance tchétchène contre les articles qu'elle écrivait au meurtre politique commandité par un clan contre un autre alors que la question de la succession de Vladimir Poutine au Kremlin se posait, à un an de la présidentielle.
Selon l'organisation américaine de défense des médias, le Committee to Protect Journalists, la Russie, avec 49 journalistes tués depuis 1992, est le troisième pays le plus meurtrier au monde pour les reporters, derrière l'Irak et l'Algérie.
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