Sommet de l'UE: «Je pense que les traditionnelles divisions européennes vont rester présentes»

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Publié le 26 août 2008.

UNION EUROPEENNE - Pour la chercheuse Isabelle Facon, l'Europe aura du mal à aller jusqu'aux sanctions contre la Russie...

Faire le point sur la crise en Géorgie et sur l’avenir des relations entre l’Union européenne (UE) et la Russie. C’est l’objectif du sommet européen extraordinaire qui se tiendra le 1er septembre. Alors que la France et la Maison Blanche continuent de dénoncer l’attitude russe en Géorgie, chacun place ses pions dans la bataille diplomatique qui s’amorce.

Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner a ainsi écarté lundi la possibilité de «parler sanctions» contre Moscou. Et la chancelière allemande Angela Merkel avait souligné dimanche qu'il n'y aurait «certainement pas» de gel des relations entre l'Allemagne et la Russie. A l’inverse, le Premier ministre polonais a expliqué lundi qu’il souhaitait convaincre l’UE de «durcir» sa position contre Moscou.

Isabelle Facon, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique, répond aux questions de 20minutes.fr sur les relations UE-Russie.

Quelle est la position russe vis-à-vis des Etats-Unis et de l’Union européenne?

Moscou n’a pas voulu négocier avec les Etats-Unis, car elle a la conviction que les Américains ont excessivement encouragé le président Saakachvili. Mais la Russie a été relativement plus souple (en lui laissant jouer un rôle de médiateur) avec l’UE, avec qui elle effectue 50% de son commerce. La Russie aussi a toujours le souci de peser dans la vie européenne. Elle laisse donc une porte ouverte à la négociation, mais continue à garder la main.

L’UE peut-elle présenter un front uni lors du sommet extraordinaire, le 1er septembre prochain?

Les nouveaux membres (notamment les pays baltes et la Pologne) ont une vision beaucoup plus pessimiste vis-à-vis de la Russie pour des raisons historiques. L'Allemagne, l'Italie, la France sont par exemple plus modérés. Leurs intérêts économiques expliquent en partie cette attitude, mais pas seulement (les Européens de l'est aussi ont des intérêts économiques avec la Russie). Ils ont tendance à penser qu’une Russie qui s’isole est un problème de sécurité, et que c'est en multipliant les canaux de dialogue et de coopération que l'on peut la faire évoluer.

Les dirigeants européens condamnent régulièrement l’attitude de la Russie en Géorgie, qui ne respecterait pas les termes de l’accord de paix. L’UE peut-elle véritablement durcir le ton?

Deux positions s’opposent sur cette question. Certains pensent que la Russie dépasse les bornes, et que l’UE va faire front et durcir le ton. J’ai plutôt tendance à penser que les traditionnelles divisions européennes sur le très controversé dossier russe vont rester présentes. L’UE va sans doute tenir un discours ferme et condamner l’attitude russe, mais il n’y aura pas de sanctions. Déjà avec la Tchétchénie - malgré le consensus sur le caractère inacceptable des opérations russes - il n’y avait pas eu de sanctions.

Quelles sanctions seraient envisageables?

Il n’y a pas énormément de leviers immédiatement actionnables. Il peut y avoir une suspension des négociations sur l’accord de partenariat et de coopération, ou encore des restrictions sur les transferts de technologies. Quant à la question de l’expulsion de la Russie du G8, cela paraît encore très improbable. En fait, la Russie pourrait surtout être punie par le marché, et par des investissements européens freinés.
Propos recueillis par Sylvain Mouillard
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