«La Russie va laisser les choses se dégrader»

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Publié le 21 août 2008.

DIPLOMATIE - Qu'a gagné la Russie de la crise géorgienne? Interview de Laure Delcour...

Alors que le retrait russe de Géorgie s’amorce timidement, Laure Delcour, chercheuse à l’Iris et spécialiste de la Russie, répond aux questions de 20minutes.fr.

L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont demandé mercredi à la Russie de reconnaître leur indépendance. Quelle position Moscou peut-elle adopter?

La position de Moscou est ambivalente. Les Russes ont toujours refusé de reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, mais dans le même temps, ils délivrent des passeports russes aux habitants de ces régions. Il y a eu un tournant en avril dernier, juste avant que Vladimir Poutine quitte la présidence de la Russie. Les premiers contacts officiels ont été noués avec les deux provinces sécessionnistes.

Pourtant, je doute que la Russie franchisse le pas de la reconnaissance, car elle risquerait de se mettre à dos toute la communauté internationale. Cela remettrait également en cause la position qu’elle a défendue par rapport au Kosovo, celle de l’intégrité territoriale.

Je pense en fait que la Russie a intérêt à un pourrissement de la situation. Elle ne va pas chercher le rapport de force, mais va laisser les choses se dégrader entre la Géorgie et ses provinces sécessionnistes, de manière à ce que l’indépendance apparaisse comme inéluctable.

Quel était l’objectif de la démonstration de force russe en Géorgie?

En rentrant en Géorgie, Moscou a dépassé son objectif premier, qui était de protéger des citoyens russes. Medvedev et Poutine ont voulu montrer que la Russie était toujours influente dans le Caucase. L’intérêt est avant tout stratégique, plus qu’économique ou énergétique. Moscou ne veut pas que la Géorgie adhère à l’Otan. L’élargissement de l’Otan à d’anciennes républiques soviétiques est en effet perçu comme une menace à ses frontières.

Mais la brutalité de cette intervention ne risque-t-elle pas de se retourner contre la Russie?

Au début de la crise, les Russes étaient dans une position très confortable. La Géorgie avait fait usage de la force la première, et apparaissait comme l’agresseur. Mais la réponse, disproportionnée, des Russes a changé la donne. Moscou est allé trop loin, et sa mauvaise volonté pour organiser son retrait pourrait lui être préjudiciable. Désormais, c’est la Géorgie qui apparaît comme la victime. Après ce conflit, l’armée géorgienne va probablement recevoir de nouveaux équipements américains.

L’Union Européenne a été en première ligne durant la crise pour décrocher un cessez-le-feu. Comment peuvent évoluer ses relations avec la Russie?

Tout va dépendre de l’application ou non du plan de paix. Nicolas Sarkozy a menacé la Russie de conséquences s’il n’était pas respecté. Cela pourrait donc avoir des conséquences sur l’accord UE-Russie, dont les négociations ont débuté en avril dernier. Cet accord global porte à la fois sur l’économie, les questions énergétiques. Et les deux protagonistes auraient beaucoup à perdre s’ils ne signent pas d’accord. Ce sont des partenaires indispensables.
Propos recueillis par Sylvain Mouillard
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