Que se passe-t-il en Ossétie du Sud?

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Publié le 5 août 2008.

DECRYPTAGE - Alors que la Géorgie dément toute intention agressive et affirme que la situation se calme, Moscou et les autorités séparatistes d'Ossétie du Sud continuent à maintenir la tension...

Alors que la Géorgie dément toute intention agressive et affirme que la situation se calme, Moscou et les autorités séparatistes d’Ossétie du Sud continuent à maintenir la tension.

Le président de cette petite république autoproclamée, Edouard Kokoïty, a annoncé lundi l’arrivée de 300 «volontaires» en provenance du Caucase du Nord, prêts à combattre aux côtés des Ossètes en cas de conflit ouvert avec la Géorgie. Selon les autorités ossètes, plus de 3.000 civils ont été évacués de la zone depuis dimanche.

Qu’est-ce que l’Ossétie du Sud?
L’Ossétie du Sud est une ancienne région autonome de Géorgie qui a proclamé son indépendance au début des années 1990, à la suite d’un conflit violent avec le pouvoir central.

Contrairement à la guerre en Abkhazie – une autre région séparatiste de Géorgie –, la Russie a joué un rôle mineur dans ce conflit. Mais, après la guerre, les Ossètes se sont petit à petit tournés vers le voisin russe et vers leurs «frères» d’Ossétie du Nord, république russe située sur l’autre versant du Caucase, où vivent des milliers de réfugiés du sud.

Aujourd’hui, Moscou soutient ouvertement cette république qu’elle ne reconnaît pas officiellement et qui souhaite moins l’indépendance qu’une «réunification» avec l’Ossétie du Nord – et donc le rattachement à la Russie.

Pourquoi la situation est-elle de nouveau tendue?
Cette tension n’est pas récente, elle date de 2004 et de l’arrivée au pouvoir en Géorgie de Mikhéïl Saakachvili. A peine élu, il fait le vœu de réintégrer le plus vite possible les «territoires perdus», par des moyens pacifiques. Mais ses actions finissent par persuader les Ossètes du contraire.

Le président géorgien veut aller trop vite et lance une opération de police dont le but inavoué est de provoquer un renversement pacifique d’Edouard Kokoity, alors peu populaire. Mais les Ossètes réagissent négativement, l’opération dérape et les combats reprennent brièvement, faisant une vingtaine de morts en quelques jours.

Depuis, les fusillades nocturnes sont régulières et les ponts sont rompus entre Géorgiens et Ossètes qui avaient réussi à retrouver une coexistence plus ou moins pacifique.

Pourquoi la Russie est-elle impliquée dans le conflit?
La présence russe est un autre motif majeur de tension. Au fur et à mesure que la Géorgie s’est éloignée d’elle pour aller vers l’Otan et les Etats-Unis – un phénomène qui s’est amplifié avec l’arrivée de Mikhéïl Saakachvili –, la Russie a intensifié son soutien aux régions indépendantistes.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des Ossètes du Sud possède la citoyenneté russe, les retraites sont payées par le budget fédéral et des Russes, souvent issus de l’armée ou des services spéciaux, ont été installés aux postes-clefs du gouvernement.

Moscou dispose également de troupes sur place – des casques bleus que Tbilissi accuse d’envenimer la situation et de participer à «l’annexion» de l’Ossétie.

Y a-t-il un risque réel de guerre?
Ce risque est permanent, en raison de la particularité du terrain. L’Ossétie du Sud est une mosaïque ethnique et les zones sous contrôle géorgien se chevauchent avec les territoires contrôlés par les séparatistes. Dans cette région montagneuse et minuscule, chaque enclave domine l’autre.

Les provocations, les manipulations sont très faciles et les belligérants démarrent au quart de tour. Mais pour que le conflit dégénère vraiment, il faut que l’une des parties le veuille, et pour l’instant, cela ne semble pas être le cas. Cependant, la situation est tellement tendue qu’aucun dérapage n’est à exclure.
De notre correspondant à Moscou, Emmanuel Guillemain d'Echon
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