RUSSIE - Le président russe a tenté de rassurer les marchés financiers... De notre correspondant à Moscou.
Quand Vladimir Poutine frappe fort, c'est Dmitri Medvedev qui soigne.
Après avoir gardé le silence pendant une semaine, le président a tenté jeudi de rassurer les marchés financiers, échaudés par les violentes critiques adressées par le Premier ministre à l'adresse de Metchel, une des plus grandes entreprises sidérurgiques du pays. Le jour même, l'action du groupe avait perdu près de 38% à la bourse de New York. Le marché russe lui aussi a été secoué, perdant 60 milliards de dollars en quelques jours.
Alors que Vladimir Poutine menaçait
«d'envoyer le docteur» au PDG de Metchel, son dauphin a demandé aujourd'hui aux «forces de l'ordre et (aux) autorités de cesser d'être un cauchemar» pour les hommes d'affaires.
«Un signal aux marchés»
Il est vrai que le nom du géant sidérurgique n’a pas été mentionné et que le président s'exprimait dans le cadre d'une réunion sur les petites et moyennes entreprises. Mais dans le contexte actuel, alors que les investisseurs étrangers sont également refroidis par les mésaventures de British Petroleum au sein de la joint-venture pétrolière TNK-BP, la portée de la déclaration est évidente. «C'est un signal aux marchés, pour leur dire qu'il n'y a pas de raisons de s'inquiéter, qu'il n'y aura pas de conséquences radicales», interprète Dmitri Badovski, politologue à l’Institut des systèmes sociaux. En d’autres termes, que Metchel ne suivra pas le destin de Ioukos, le géant pétrolier démembré et avalé par les monopoles étatiques après l’emprisonnement de son dirigeant, Mikhaïl Khodorkovski.
«Le bon et le mauvais flic»
Le président russe n’a lui-même pas manqué de souligner que «dans notre pays les signaux ont un sens très important. Considérez que ce signal a été donné.» C’est la première fois que Dmitri Medvedev s’oppose publiquement à la politique de son mentor. «Mais à mon avis, il ne faut pas vraiment y voir de contrepoids à Poutine», explique Dmitri Badovski.
Certains observateurs, comme le politologue Alexeï Moukhine, voient même dans le tandem Medvedev-Poutine le «bon et le mauvais flic». De fait, Dmitri Medvedev, apaisant par ailleurs, a également rappelé les entreprises à l’ordre: elles «doivent se comporter de manière responsable, payer leurs impôts», a-t-il insisté.
L’affaire n’est pas encore terminée, mais une chose est sûre: si les décisions semblent toujours prises par Vladimir Poutine, le nouveau maître du Kremlin semble prendre de plus en plus ses marques dans son nouveau rôle.
De notre correspondant à Moscou, Emmanuel Guillemain d'Echon