Russie: Le Nantais Yoann Barbereau, en fuite après avoir été condamné, sort de son silence

JUSTICE « Je suis un otage » lance l’ancien directeur de l’Alliance française, qui dénonce aussi l’attitude des autorités françaises…

J.U. avec AFP

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Photo du directeur de l'Alliance française à Irkoutsk, Yoann Barbereau, datée d'octobre 2013 et fournie par sa famille.

Photo du directeur de l'Alliance française à Irkoutsk, Yoann Barbereau, datée d'octobre 2013 et fournie par sa famille. — FAMILY HANDOUT / AFP

  • Yoann Barbereau, un Nantais de 39 ans, est en fuite depuis qu’il a été condamné en Russie pour des actes à caractère sexuel sur sa fille.
  • Il clame son innocence, se disant victime d’un complot.

L’endroit où il se trouve est tenu secret, et il n’avait jamais pris la parole publiquement depuis le début de cette étonnante affaire. « Je suis un otage », tient désormais à dire le Nantais Yoann Barbereau. Cet ancien directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk en Sibérie, en fuite après avoir été condamné par la justice russe fin 2016, souhaite également dénoncer l’inertie des autorités françaises. Un documentaire à son sujet sera diffusé jeudi soir sur France 2.

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Condamné en son absence à quinze ans de camp à régime sévère par la justice russe pour des actes à caractère sexuel sur sa fille Héloïse (alors âgée de 5 ans), Yoann Barbereau, qui a toujours clamé son innocence, « se cache » depuis septembre 2016. Le fugitif a envoyé des messages audio cryptés.

Il y raconte comment il a été arrêté chez lui à Irkoutsk en février 2015, puis frappé par des hommes lui ordonnant d’avouer. Il a ensuite été incarcéré et assigné à résidence. Sous le coup d’une notice rouge d’Interpol, le Français peut être arrêté n’importe où dans le monde à l’occasion d’un contrôle d’identité.

« Victime d’un complot »

« Yoann a été victime d’un complot qui a été commandité. Par qui, par quoi, je n’en sais rien », avance aussi sa femme Daria Nikolenko, qui a été interrogée pendant sept heures par la police russe. « Quand je répondais la vérité, ça ne leur plaisait pas. Ils arrêtaient la caméra » et « m’ont fait comprendre que si jamais je n’allais pas dans leur sens ne serait-ce qu’un petit peu, j’allais me retrouver en prison et Héloïse en orphelinat », ajoute-t-elle.

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Le documentaire s’attarde aussi sur les preuves fabriquées, photos recadrées et le piratage supposé de l’ordinateur de Yoann Barbereau. A-t-il été victime d’un règlement de comptes politique, d’une chasse aux étrangers en pleine crise ukrainienne ? « Au départ, c’est totalement local », estime Yoann Barbereau. Mais « dans le même temps, il y a eu un calcul qui est de dire : on peut exploiter cette affaire pour avoir des moyens de pression lorsqu’on discute avec les Français », ajoute-t-il.

L’attitude du gouvernement critiqué

Yoann Barbereau et ses proches critiquent aujourd’hui l’attitude des autorités françaises, et « un retard à l’allumage ». La volonté du gouvernement français de ne pas s’exprimer publiquement sur son cas est aussi pointée du doigt. Interrogé par l’AFP, le Quai d’Orsay s’est refusé à tout commentaire.

« Puisque nous avons un nouveau président qui ne veut pas que la France se trahisse elle-même, on peut exprimer de manière claire et publique que la prise d’otage dont je fais l’objet n’est pas acceptable », lance Yoann Barbereau.

Me Arnod, son avocat, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme en septembre dernier. Son comité de soutien appelle « le président de la République et son gouvernement à faire preuve de la même détermination que celle qui a permis récemment la libération du journaliste Loup Bureau après son arrestation en Turquie ».