Alexeï Navalny lors de son procès à Moscou, le 27 mars 2017.
Alexeï Navalny lors de son procès à Moscou, le 27 mars 2017. - Denis Tyrin/AP/SIPA

A un an de l’élection présidentielle russe, les soutiens de Vladimir Poutine haussent le ton. Dernière pratique en date : asperger les opposants avec un produit appelé « le brillant vert » (qui se prononce « zelionka » en russe »). Cet antiseptique bon marché qui s’achète pour quelques bouchées de pain, sous forme d’une petite bouteille de liquide vert foncé, est habituellement utilisé pour désinfecter les plaies cutanées.

Mais depuis quelques semaines, des opposants au gouvernement se voient asperger le visage de cet antiseptique vert indélébile. Dernière victime en date, l’opposant Alexeï Navalny, vient de perdre l’usage d'un de ses yeux.

Alexeï Navalny ne retrouvera pas une vue complète avant plusieurs mois

Toxique à l’ingestion, très dangereux sur les muqueuses et dans les yeux, il peut même rendre aveugle. Le chef de file de l’opposition russe, Alexeï Navalny en a fait les frais plusieurs fois, sans être blessé. Mais le 27 avril dernier, cette pratique a tourné au drame. Ce jour-là alors qu’il sort de son bureau, il agressé par trois individus qui lui vaporisent du « brillant vert » au visage, et notamment dans l’œil.

Alors que les autorités refusaient de lui délivrer un passeport pour partir en Suisse, l’opposant en course pour l’élection présidentielle de 2018 a finalement été autorisé par Vladimir Poutine à se rendre en Espagne pour se faire opérer. Le verdict est sans appel : la cornée d’Alexeï Navalny est brûlée. Selon les médecins espagnols, qui affirment qu’il y aurait eu un produit chimique dans le liquide, l’opposant ne retrouvera pas une vue complète avant plusieurs mois. C’est la première fois qu’une attaque au « brillant vert » engendre des conséquences aussi graves.

Des attaques qui se répètent 

Toutes les attaques au « brillant vert » suivent le même procédé. La victime, un opposant au gouvernement russe, est agressée par des individus pro-Kremlin. Ces derniers l’aspergent de produit, le tout filmé par un complice, avant de prendre la fuite : « C’est une façon pour les pro-Kremlin de s’attaquer à l’opposition sans les blesser. Sauf pour le cas de Navalny », explique Paul Gogo, journaliste installé à Moscou, qui a suivi l’affaire. Le plus surprenant reste probablement l’inaction des enquêteurs russes. Dans le cas de Navalny, la police n’a pas accepté de retenir, comme pièce à conviction, l’enregistrement des caméras de sécurité qui ont filmé la scène et semblent ne pas vouloir poursuivre les assaillants.

En revanche, les images ont été diffusées par REN-TV, une télévision pro Kremlin, mais le visage de l’agresseur a été flouté. Parmi les trois agresseurs identifiés par l’équipe d’Alexeï Navalny, figurerait Alex Petrounko, un militant radical pro-Kremlin. L’homme a d’ailleurs publiquement reconnu son implication. Sur les réseaux sociaux, Alexeï Navalny a décrit son agression comme « une poignée de main de Vladimir Poutine ». « On ne sait jamais qui commande ces actions, mais ces personnes agissent au nom de Poutine, sans forcément l’accord du président », rapporte Paul Gogo.

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Une mauvaise publicité pour le Kremlin  

Au cours des dernières semaines, plusieurs autres opposants ont été touchés : Natalia Fiodorova, une militante du parti d’opposition Yabloko, le blogueur Ilia Varlamov l’écrivaine Lioudmila Oulitskaïa et Igor Kaliapine, président d’une ONG luttant contre la torture. Selon plusieurs médias, les agresseurs sont, le plus souvent, des activistes qui appartiennent au NOD (acronyme russe de « Mouvement de libération populaire ») et au SERB (acronyme de « Mouvement de libération russe »). Même si le gouvernement ne commandite pas les attaques, ces organisations, qui réclament un pouvoir illimité pour le président russe, sont souvent liées à des hommes d’affaires ou politiques proches du Kremlin.

Alexeï Navalny modère ces accusations : « Poutine n’ordonne pas personnellement ces attaques, mais il nomme des commissaires de police qui refusent d’enquêter. Les groupes ultra-loyalistes y voient un signal clair : terrorisez nos opposants, vous n’aurez aucun souci », a-t-il déclaré dans des médias russes.

Selon le journaliste Paul Gogo, ce type d’action pourrait davantage représenter un fardeau pour le Kremlin plutôt qu'une aide anti-opposition : « Se retrouver avec un opposant borgne en face de lui aux élections, ce n’est pas une bonne publicité pour Vladimir Poutine. De plus, Poutine n’a pas d’intérêt à se débarrasser du seul opposant. Il faut que son élection soit crédible. Et pour ça, il faut qu’il ait un opposant. »

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