Russie: une ex-détenue dénonce les violences dans les camps de femmes

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Publié le 12 septembre 2012.

Une Tchétchène de 29 ans, détenue pendant 8 ans et demi pour une affaire de terrorisme considérée comme montée de toutes pièces par les défenseurs des droits de l'homme, a dénoncé mercredi la violence de l'administration des camps à l'encontre des détenues en Russie.

Libérée début septembre d'un camp situé en Mordovie (500 km à l'est de Moscou), la jeune femme a fait état dans un entretien avec l'AFP de passages à tabac de détenues par le personnel pénitentiaire et de mises au cachot arbitraires.

"Des gardiens battent les détenues souvent si violemment qu'elles en gardent des séquelles. Dans notre camp, une détenue qui avait été battue au cachot est devenue folle. Sa mère a porté plainte mais sans obtenir aucun résultat", a-t-elle déclaré.

Les ONG spécialisées en Russie ont dénoncé à plusieurs reprises la violence exercée dans les camps contre les détenus.

"Les femmes qui se plaignent, on fait pression sur elles, on les brise, on les envoie au cachot, juste parce qu'elles se plaignent", a déclaré Zara Mourtazalieva, qui a été détenue dans un camp du même type que celui où seront envoyées les trois jeunes femmes du groupe punk Pussy Riot si leur condamnation est confirmée en appel le 1er octobre.

"J'ai été moi aussi au cachot à plusieurs reprises. Comme d'autres, j'ai essayé de faire valoir nos droits. Et quand j'avais une visite, je racontais ce qui se passait au camp. Pour me punir, on m'envoyait ensuite au cachot", a-t-elle ajouté.

La jeune Tchétchène, arrêtée en 2004, avait été accusée d'être une kamikaze ayant pour objectif de se faire exploser dans un centre commercial de Moscou, à proximité du Kremlin.

A son procès, les deux témoins principaux de l'accusation se sont rétractés et ont affirmé que leurs dépositions leur avaient été extorquées sous la contrainte, ce que le tribunal a refusé de prendre en considération.

"On frappe les prisonnières dans les camps, mais c'est presque impossible à prouver", a regretté Zara Mourtazalieva en soulignant la difficulté pour les détenues de dénoncer les abus de l'administration pénitentiaire.

"Quand une commission d'enquête arrive dans un camp, tous ceux qui sont susceptibles de se plaindre ou de raconter des choses sont cachés. On les met au cachot ou on les envoie à l'hôpital. Et on dit aux prisonnières: +Une commission arrive. Que personne ne s'avise de l'ouvrir. La commission repartira et vous vous resterez là+. Les gens se taisent... Personne n'a envie de recevoir des coups de matraque de la part des gardiens".

La situation a-t-elle évolué au cours des années ? "Rien n'a changé dans ce domaine pendant ces 8 ans et demi passés en détention", répond la jeune femme.

"Juste avant ma libération, deux détenues ont été accusées de vivre ensemble, d'être lesbiennes. On les a rouées de coups, on les a envoyées quinze jours au cachot, où elles ont été battues de nouveau parce que c'est la règle, parce que c'est comme ça que ça se passe là-bas", ajoute-t-elle.

La condamnation d'un gardien de prison ou de camp pour mauvais traitements à l'encontre de prisonniers est une chose exceptionnelle en Russie.

En octobre dernier, un gardien d'un camp pour femmes de la région de l'Amour (Extrême-Orient russe) a été arrêté après la diffusion sur Youtube de vidéos le montrant en train de battre à coups de poing et de pied deux prisonnières.

"Ils frappent les détenus parce qu'ils ne savent pas faire autrement. C'est un héritage du goulag de l'époque soviétique", a déclaré à l'AFP la journaliste spécialiste des affaires judiciaires et pénitentiaires Zoïa Svetova, auteur d'un livre sur les dérives du système judiciaire russe : "Les innocents seront coupables".

© 2012 AFP
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