Les déplacés pakistanais livrés à eux-mêmes

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Publié le 3 juin 2009.

REPORTAGE - 2,4 millions de personnes ont fui les combats entre l'armée et les talibans depuis cinq semaines... De notre journaliste sur place, Pauline Garaude.

A Mardan, dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan, des pick-up continuent de déverser leurs flots de déplacés qui ne savent où aller. «Tous les camps sont saturés», affirme le Dr Iqbal, médecin mobile. Dans le camp Sheikh Yassine, qui abrite 12.000 personnes, Rafiq vient quand même tenter sa chance avec ses huit enfants. Mais, arrivé à la tente du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), où femmes et enfants s'entassent, on lui dit qu'il faut attendre que des familles libèrent une tente. «Au mieux, il peut s'enregistrer et bénéficier de tout. Mais il devra dormir ailleurs», explique un responsable. Avec la chaleur suffocante qui règne sous les tentes, de nombreuses familles ont installé des matelas à l'extérieur, en bordure de route, sous des arbres. «C'est ce qu'on va faire! lance Rafiq. On ira au camp chercher notre nourriture et on se débrouillera.»

Rafiq fait partie des 2,4 millions de déplacés ayant fui les combats entre l'armée et les talibans depuis cinq semaines. Entassés dans des camps saturés ou livrés à eux-mêmes, ils survivent comme ils peuvent. Les Nations unies, désemparées, ne savent pas comment faire face à cet exode sans précédent, car les camps ne peuvent accueillir que 12% des déplacés. Les autres vivent dans des tentes disséminées le long des routes, dans des écoles ou chez des cousins éloignés. Comme Tahir, qui refuse d'aller dans un camp car il ne veut pas que «les femmes de sa famille soient exposées au regard des autres». Ashraf, lui, a demandé au pick-up de l'arrêter n'importe où près d'un point d'eau. «Les camps sont pleins et je n'ai pas le courage de faire cette longue queue pour rien, lâche-t-il. Ça fait trois semaines qu'on vit comme ça. Les mosquées nous préviennent par haut-parleurs de l'endroit le plus proche où sera distribuée la nourriture et, ici, nous avons au moins l'eau et un peu de fraîcheur!»

«Où aller et comment vivre quand tout est détruit?»

Où qu'ils soient, les déplacés ont perdu espoir. «On veut rentrer chez nous, mais tout est détruit: ni électricité, ni eau, ni maisons, ni commerces. Tout est à refaire! Pourtant, si demain, on nous dit qu'on peut rentrer, on n'hésitera pas une seconde. Là-bas, c'est chez nous», assure Sajjad. L'armée vient d'annoncer que les habitants du district de Buner pouvaient regagner leurs villages et que dans les prochains jours, les routes seraient rouvertes. Mais «où aller et comment vivre quand tout est détruit?», se demandent-ils.

Les humanitaires s'inquiètent. Assad, membre d'une ONG locale, estime qu'«il faudra des mois avant que les civils regagnent leurs villages. J'ai peur qu'ils soient déplacés pour une longue durée. D'ailleurs, on commence à construire des abris en dur dans les camps. C'est le signe qu'ils sont faits pour durer.»

Et cette catastrophe pourrait encore s'aggraver. Après son offensive sur les talibans de Swat, l'armée devrait lancer une attaque imminente sur le noyau dur des talibans pakistanais, menés par Baïtullah Mehsud, dans les zones tribales du Sud-Waziristan. Les humanitaires s'y préparent déjà.

A Mardan (vallée de Swat, Pakistan), Pauline Garaude
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