Face aux talibans, le quotidien impossible des journalistes au Pakistan

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Publié le 21 février 2009.

REPORTAGE - Menaces de mort, kidnappings, agressions, assassinat, les journalistes pakistanais sont dans le collimateur des talibans...

De notre correspondante spéciale au Pakistan,

«Non, je ne vous emmène pas là bas. C’est beaucoup trop dangereux! On peut se faire tuer ou kidnapper» me dit Rasheel, un journaliste de Peshawar à qui je demande de me conduire à un village situé à 10 kms où des locaux aident l’armée pakistanaise à lutter contre les islamistes.

«Même la ville intra muros est devenue dangereuse!». Cette capitale de la province du Nord-ouest et ses alentours sont truffés de groupes islamistes. Nous sommes à 20 kms à peine des zones tribales et à 40 de l’Afghanistan. Y travailler devient un enfer pour les journalistes.

Un SMS envoyé par un taliban


«Nous sommes une cible des talibans car nous écrivons contre eux», explique un journaliste du Press Club de Peshawar. «Si nous disons "militants", on a des menaces des talibans. Et si nous disons "talibans", nous devons affronter les services secrets. On est complètement pris au piège!» ajoute Ijaz.

«Les journalistes doivent prendre en considération les forces environnantes. Ceux basés à Peshawar ne peuvent rien dire contre les forces de sécurité. Et les correspondants en zones tribales ont besoin du soutien des talibans pour leur sécurité, sinon, ils se font tuer, et sont donc obligés de soutenir leur cause».

A Peshawar, les quotidiens The News, Aaj et Khabroona, reçoivent régulièrement des menaces. Un de leurs journalistes me fait lire un SMS envoyé par un taliban: «Nous avons lu votre article et vous avez écrit contre nous. Vous soutenez le gouvernement pakistanais et les Américains. Attention.». Ils envoient aussi des fax et appellent depuis des cabines.

«Ce métier n’est plus possible aujourd’hui»


Amir a été kidnappé la semaine dernière alors qu’il faisait un reportage sur les islamistes qui attaquent les convois de l’OTAN. «C’était en fin d’après midi, j’étais en moto sur la ceinture périphérique de Peshawar et deux gars m’ont sauté dessus. La crosse de leur kalach sur la tempe, ils m’ont jeté dans leur voiture. Ils ont fouillé mon ordinateur et ont lu tout ce que j’avais écrit. Ils m’ont harcelé de questions, pensant que j’étais également agent local pour la CIA. C’est uniquement parce que je suis pachtoune, comme eux, et qu’on a parlé pathan que je m’en suis sorti.»

Sajjad, indépendant, ne dit plus qu’il travaille pour l’Associated Press of Pakistan, ou pour «AP», l’agence américaine. «On m’accuserait d’emblée de soutenir l’armée et les Etats Unis. C’est trop dangereux. Je dis que je travaille pour le Jang, une édition locale. Ce métier n’est plus possible aujourd’hui. On ne peut plus aller sur le terrain.»

Iqbal, journaliste sportif, a des cheveux longs, bouclés et teints en blond. Il va devoir y renoncer… «Fais gaffe! Ils vont te repérer comme ça. Tu fais américain » lui a dit un de ses amis. A Islamabad, le quotidien anglophone Dawn n’envoie plus ses journalistes à Peshawar depuis que deux ont été kidnappés le mois dernier. Bref, la liste des journalistes victimes des Talibans est longue.

Des attaques fréquentes

Mercredi dernier, un correspondant de la célèbre chaîne Géo a été assassiné à Swat, alors qu’il couvrait une manifestation de joie en soutien à l’application de la sharia. Le jour même, un club de presse des zones tribales est visé par un attentat suicide.

Le lendemain, un autre club de presse subit le même sort. Un rédacteur en chef d’une revue géostratégique est agressé à Islamabad. Vendredi, tous les journalistes du Pakistan ont observé une «journée noire» et ont manifesté à travers tout le pays. «Notre vie est en danger» pouvait-on lire sur leurs écriteaux.
Jane Austin
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