Incident au procès Breivik: un homme jette une chaussure sur le tueur

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Publié le 12 mai 2012.

OSLO - Le procès d'Anders Behring Breivik, jugé pour la mort de 77 personnes l'an dernier en Norvège, a connu son premier incident sérieux vendredi quand le frère d'une victime a jeté une chaussure en direction de l'accusé en hurlant "Tu es un tueur, va en enfer".

Alors que la présentation de rapports d'autopsie des personnes tuées sur l'île d'Utoeya le 22 juillet 2011 touchait à sa fin, un homme s'est subitement levé et a jeté une chaussure noire vers l'extrémiste de droite assis seulement à quelques mètres de lui, rapporte un journaliste de l'AFP sur place.

L'incident a été suivi d'applaudissements, de "bravos" et de pleurs dans le public, où de nombreux proches des victimes avaient pris place, et a entraîné une brève suspension de la 17e journée du procès.

Le projectile n'a pas atteint Breivik mais son avocate, Vibeke Hein Baera, assise entre l'accusé et le public.

"Heureusement que ce n'était qu'une chaussure", a déclaré Mme Hein Baera à l'AFP.

De nationalité irakienne, Hayder Mustafa Qasim a été rapidement maîtrisé par le service d'ordre et vigoureusement escorté vers la sortie alors qu'il continuait de crier, en anglais et d'une voix étranglée par les larmes, "va en enfer".

Il est le frère d'une des 69 victimes de la fusillade visant un camp de la Jeunesse travailliste à Utoeya.

L'épisode rappelle ce qui s'était produit avec l'ancien président américain George W. Bush, cible d'un jet de chaussures de la part d'un journaliste irakien lors d'une visite à Bagdad en décembre 2008.

A la reprise de l'audience quelques minutes plus tard, Breivik s'est adressé au public: "Si quelqu'un veut me jeter quelque chose dessus, qu'il le fasse sur moi quand j'entre ou je sors, pas sur mon avocat", a-t-il dit.

Il s'agit du premier incident sérieux depuis le début, le 16 avril, du procès de Breivik, jugé pour la fusillade d'Utoeya ainsi que pour l'attentat à la bombe perpétré le même jour contre le siège du gouvernement norvégien.

Jusqu'à présent, les audiences avaient été marquées par des effusions de larmes mais ni les survivants d'Utoeya ni les proches des victimes n'avaient directement apostrophé l'accusé.

Vendredi, la Cour a encore entendu les témoignages poignants de deux rescapés d'Utoeya.

Munir Jaber, 22 ans, a raconté comment il avait couru pour sauver sa vie après avoir vu le tueur, déguisé en policier, "sourire satisfait" pendant son équipée meurtrière. Puis comment il s'était jeté à moitié nu dans les orties pour se cacher. Puis comment il avait marché "avec précaution" à travers un amas de corps.

"Personne ne mérite de voir cela", a-t-il dit, précisant qu'échaudé par le faux uniforme de Breivik, il s'attendait à être abattu par les policiers qui l'ont recueilli.

Ayant fui l'île à bord d'un petit bateau qui sera transpercé de six balles et finira par couler, l'autre témoin, Eivind Rindal, 23 ans, a déclaré que Breivik tirait "de façon contrôlée (...) et efficace, sans gaspillage" de ses munitions.

Sur Utoeya, la plupart des victimes étaient des adolescents que Breivik a qualifiés de "cibles légitimes" car membres d'un mouvement politique qui fait, selon lui, le lit de l'islam et du multiculturalisme en Norvège.

Parallèlement, le gouvernement norvégien a présenté vendredi des amendements législatifs, controversés et surnommés "lex Breivik" par les médias, visant à renforcer la sécurité dans les établissements psychiatriques dans l'éventualité d'un internement de l'extrémiste de 33 ans.

Breivik, qui tient à être reconnu sain d'esprit pour ne pas voir son idéologie invalidée par un diagnostic, a été déclaré psychotique par une première évaluation psychiatrique, laquelle a ensuite été infirmée par une contre-expertise.

Si les juges, à qui il revient de trancher la question, l'estiment pénalement irresponsable dans leur verdict attendu en juillet, il risque l'internement psychiatrique à vie.

Déclaré responsable, il encourt 21 ans de prison, une peine qui pourrait être prolongée aussi longtemps qu'il sera jugé dangereux.

© 2012 AFP
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