Législatives au Maroc: Le parti vainqueur «peut obliger le roi à adopter des réformes»

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Publié le 28 novembre 2011.

INTERVIEW - Alors que le leader du parti islamiste modéré PJD doit être reçu mardi par Mohammed VI pour être nommé Premier ministre, la chercheuse Khadija Mohsen-Finan revient sur la victoire de ces islamistes modérés aux élections législatives...

Khadija Mohsen-Finan est spécialiste du Maghreb, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et enseignante à l’université Paris-VIII. Selon elle, la victoire du Parti justice et développement (PJD) aux législatives de ce week-end est avant tout le signe que le Maroc sort de l’immobilisme.

Le score important réalisé par le Parti justice et développement (PJD) est-il compréhensible?

Le PJD a déjà réalisé de très bons scores aux élections législatives de 2002 et 2007 – avec respectivement 42 et 46 députés  sur 395 – alors qu’il n’était pas présent dans toutes les circonscriptions.

Son score est compréhensible. D’abord, c’est un vieux parti, qui a su récupérer une partie de l’électorat traditionnaliste du Maroc. Ensuite, le PJD présente certaines convergences avec les revendications du mouvement de contestation du 20-février, comme la lutte contre la corruption, la moralisation de la société, la volonté de bouger les élites…

Malgré la réforme constitutionnelle décidée par Mohammed VI au début de l’année, le régime reste monarchique. Que pourront faire les parlementaires dans ce contexte?

Ils peuvent justement obliger Mohammed VI à adopter des réformes. Soit le PJD profite de l’ouverture décidée par le roi pour conduire des réformes, soit il reste immobile et s’expose à une débâcle aux prochaines élections.

Il ne faut pas oublier  que grâce au mouvement du 20-février, grâce au printemps arabe, quelque chose a fondamentalement changé: La rue a désormais un rôle dans la vie politique, elle peut interpeller l’exécutif, et elle sera vigilante quant à l’exercice du pouvoir. De même, la base du PJD, qui est un parti de refus,  va regarder attentivement ce qui arrive. Si le PJD se plie trop aux attentes du roi, s’il se banalise, l’électorat ne sera pas satisfait.

On parle d’ «islamisme modéré» en évoquant le PJD. Est-ce que ce ne sont pas deux mots contradictoires?

Le Maroc n’est pas dans une configuration à l’iranienne: Il n’y a pas d’ayatollah, pas d’application de la charia.

Le terme d’islamisme modéré se comprend dans le sens du référentiel au religieux. Si le PJD pouvait appliquer la charia, il le ferait mais il est empêché par le roi, par la constitution et par la résistance des autres partis. Et c’est un parti non-violent, qui accepte un certain dialogue avec l’Occident.

En Tunisie et maintenant au Maroc, les électeurs ont fait le choix de voter pour des islamistes. Comment l’interpréter?

Les occidentaux  se sont un peu trompés en commentant les révolutions arabes, en croyant que comme les révolutionnaires prônaient des valeurs universelles, ils mettraient en place des démocraties à l’occidentale. En réalité, les contestataires revendiquaient de l’égalité sociale, du travail… et se sont reconnus dans les islamistes modérés, qu’ils jugent les meilleurs pour incarner la rupture.

Il va falloir être vigilant, bien sûr, mais ce n’est pas forcément négatif. Ces élections ont permis de sortir d’un immobilisme, d’entrer dans un système de rotation des élites. Ce schéma dynamique permettra peut-être de mener à la démocratie dans ces pays.

Propos recueillis par Enora Ollivier
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