Mali: appel à libérer le Nord de ses groupes armés, surtout islamistes

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Publié le 4 juillet 2012.

BAMAKO - Des Maliens en colère contre les exactions de groupes armés, surtout islamistes, qui contrôlent le nord de leur pays depuis trois mois, ont manifesté mercredi à Bamako en réclamant des armes pour "libérer" cette région où des sites historiques et religieux viennent d'être détruits.

"Si l'armée ne veut pas faire la guerre, qu'on nous donne les moyens de libérer nos terres!", a lancé Oumar Maïga, un responsable des jeunes du Collectif des ressortissants du Nord (Coren), à l'origine d'un sit-in qui a regroupé sous la pluie environ 2.000 personnes à Bamako.

Le Mali est plongé dans la crise depuis un coup d'Etat qui a renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré, accusé par les putschistes d'incurie face à des attaques contre l'armée lancées mi-janvier dans le Nord par divers groupes armés.

Le putsch a accéléré la chute de cette vaste région aux mains des assaillants, comprenant les rebelles touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), et des islamistes puissamment armés: Ansar Dine (Défenseur de l'islam), Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao).

Les autorités de transition mises en place après le retrait des putschistes n'ont pu mettre fin à l'occupation des trois régions administratives formant le Nord: Kidal (extrême nord-est), Gao (nord-est) et Tombouctou (nord-ouest).

Les islamistes ont renforcé leur emprise sur le terrain en mettant en déroute leur ex-allié du MNLA: la rébellion touareg a été boutée hors de Gao le 27 juin après de violents combats avec le Mujao qui ont fait au moins 35 morts, et contrainte de quitter Tombouctou le lendemain sur ordre d'Ansar Dine.

Ces derniers jours, des hommes d'Ansar Dine ont choqué au Mali et dans le monde en démolissant sept des seize mausolées de saints musulmans de Tombouctou, ainsi qu'une porte inviolable d'une des trois mosquées historiques de cette ville classée comme patrimoine mondial en péril par l'Unesco le 28 juin.

Le président malien de transition Dioncounda Traoré jeudi au Burkina Faso

Les islamistes ont affirmé avoir détruit ces sites historiques et religieux "au nom de Dieu", estimant qu'ils n'étaient pas conformes à la charia (la loi islamique) qu'ils appliquent dans les zones sous leur contrôle.

Les communautés du nord du Mali "ne partagent pas les bêtises du MNLA", sécessionniste mais laïc, "du Mujao, et d'Al-Qaïda", jihadistes mais anti-indépendantistes, a déclaré à l'AFP le député touareg Nock Ag Attia, une des personnalités ayant participé au sit-in.

Le sit-in à Bamako vise à lancer "un message fort aux autorités, pour qu'elles sauvent le Mali et le tissu social qui est fortement entamé", a dit à l'AFP Fatoumata Maïga, présidente d'une ONG féminine, en réclamant "des actions concrètes".

Face à la suprématie des islamistes et à l'impuissance des autorités de Bamako, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) prévoit samedi un mini-sommet à Ouagadougou, avec des représentants du Mali, pour arriver à y former un gouvernement fort.

Selon le Burkina Faso, pays médiateur pour la crise malienne, le président malien de transition Dioncounda Traoré participera à cette rencontre, puis retournera à Paris où il séjourne depuis le 23 mai, deux jours après avoir été violemment battu et blessé par des manifestants hostiles à son pouvoir. M. Traoré, attendu jeudi à Ouagadougou, n'avait pas quitté la France depuis lors.

La Cédéao est disposée à envoyer une force militaire au Mali, mais attend pour cela un feu vert des autorités maliennes et de l'ONU.

Le Conseil de sécurité devrait adopter jeudi une résolution qui soutient les efforts des organisations régionales pour régler la crise au Mali mais ne leur donne pas encore de mandat de l'ONU pour déployer une force africaine contre les rebelles du Nord.

Les islamistes se préparent aussi à une éventuelle intervention ouest-africaine et ont miné les alentours de Gao pour l'empêcher, et bloquer une éventuelle contre-offensive du MNLA.

Dans une déclaration qui doit être remise au gouvernement, les ressortissants du Nord "condamnent avec la dernière énergie le minage" de leurs régions, "la profanation des tombes et la destruction des mausolées". Ils réclament "l'arrêt immédiat des combats et des exactions sur les civils et les biens".

La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a réitéré mercredi son souhait de voir adoptée une résolution sur le déploiement d'une force au Mali, "sur le point d'être discutée" à l'ONU. M. Fabius a aussi évoqué "une accumulation d'horreurs" dans le nord du Mali, avec "des femmes violées", des "hommes décapités".

© 2012 AFP
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