Libye: «On peut avoir une démocratie en appliquant la charia»

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Publié le 25 octobre 2011.

MONDE - L'annonce de l'instauration de la loi coranique a suscité l'inquiétude de la communauté internationale...

Alors qu’un gouvernement est en voie de formation, le Conseil national de transition (CNT) a rapidement annoncé que la «charia» (loi coranique) serait la principale source du droit dans la Libye «libérée». «En tant que nation musulmane, nous avons adopté la charia islamique comme source du droit, donc n'importe quelle loi contredisant les principes de l'islam est légalement nulle», a déclaré dimanche Moustapha Abdeljalil, le président du CNT.

A peine annoncée, la loi coranique est déjà source d’inquiétude au sein de l’Occident, la France, notamment, présentant une posture de «vigilance». Pourtant, la charia «peut vouloir dire beaucoup de choses», explique à 20Minutes Karim Bitar, spécialiste du monde arabe à l'Institut des relations Internationales et Stratégiques (Iris).

«L’islam est l’un des ciments identitaires du pays, c’est normal»

«A minima, c’est la traduction arabe de "la voie" ou "la route". C’est l’équivalent de quelques commandements généraux (droit, héritage, économie, etc.)», ajoute le chercheur. Pour son homologue de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Dominique Thomas, également joint par 20Minutes, il n’y a pas de surprise dans cette annonce: «Il n’y a pas de contradiction, l’islam est l’un des ciments identitaires du pays, c’est normal.»

«L’aide et l’appui de la communauté internationale pour faire tomber Kadhafi reposait peut-être sur le fait qu’ensuite les autorités libyennes tempèrent leurs conceptions de l’application de la charia, mais on savait que le CNT ne se laisserait pas tout dicter à la lettre», estime Dominique Thomas.

Selon le chercheur, ni le peuple libyen ni les islamistes du CNT et les radicaux qui sont à l’extérieur n’auraient accepté de se faire «voler la victoire» par un «diktat de l’étranger». «Aujourd’hui, c’est le trou noir, on repart de zéro, ces pays-là ne peuvent pas du jour au lendemain se reconstruire sans une dose de charia, il faut mettre des normes sinon c’est l’anarchie», indique encore Dominique Thomas.

«C’est toujours un problème d’interprétation»

La mise en place de la charia ne signifie pas que la Libye sera un Etat islamique, tout dépendra de l’interprétation qui sera faite des différents textes juridiques issus du Coran. «C’est toujours un problème d’interprétation. Les islamistes radicaux ont tendance à y voir des instructions à la lettre comme les châtiments corporels ou d’autres principes qui apparaissent rétrogrades à notre époque», souligne Karim Bitar.

Dominique Thomas concède également qu’un certain nombre de points de la loi coranique ne correspondent pas aux «valeurs occidentales», mais «la charia, ça ne se résume pas non plus à la polygamie». «On peut avoir une démocratie en appliquant la charia», conclut le chercheur, citant l’exemple de la Turquie qui a vécu des alternances au pouvoir ou encore le nouvel Etat tunisien à venir qui devrait être, selon lui, «une expérience unique».

Corentin Chauvel
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