Libye: «Mouammar Kadhafi avait choisi la voie suicidaire dès février»

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Publié le 20 octobre 2011.

INTERVIEW - Riadh Sidaoui est écrivain et politologue. Il dirige le Centre arabe de recherches et d'analyses politiques et sociales (Caraps) de Genève...

Huit mois après le soulèvement du peuple libyen, le colonel Kadhafi a trouvé la mort ce mercredi. Selon Riadh Sidaoui, directeur du Caraps, cette mort marque la «fin symbolique» d’un régime qui était terminé «depuis trois ou quatre mois».

>> Les événements de ce mercredi en Libye sont à suivre en direct par ici

La mort de Kadhafi est-elle une surprise?

Mouammar Kadhafi a payé sa propre stratégie. Le CNT lui avait proposé un accord: s’il abandonnait le pouvoir, les rebelles le laisseraient quitter le pays, mais il a refusé. C’est son propre choix. Sa mort était évidente, il n’y avait pas d’autre issue. Il a choisi la voie suicidaire depuis le 17 février dernier [date du début du soulèvement contre le régime]. Dès ses premiers discours, il avait annoncé qu’il mourrait le fusil à la main. Il a résisté huit mois, il pouvait difficilement tenir plus longtemps. Peut-être voulait-il éviter un scénario à la Saddam Hussein, pour ne pas être jugé. Mais il y a aussi une part de psychologie: Kadhafi n’était pas rationnel –contrairement à Ben Ali ou Moubarak, qui ont pris la fuite. Il a toujours pensé que c’est lui qui ferait l’histoire.

N’y a-t-il pas un risque qu’il apparaisse comme un martyr?

Non. La majorité des Libyens, et de façon plus générale pratiquement tous les arabes pensaient que c’était un psychopathe. Il a tout de même attaqué son propre peuple. D’autre part, il n’a plus aucun partisan, nulle part.

Maintenant qu’il est mort, que va-t-il se passer?

Aujourd’hui, les Libyens sont heureux, ils célèbrent la fin symbolique d’un régime qui était de toute façon terminé depuis trois ou quatre mois. Mais dans une deuxième phase, la Libye va traverser une période très difficile. Mouammar Kadhafi a créé un grand vide pendant son exercice du pouvoir: il n’y a ni institution, ni armée, ni tradition électorale dans le pays. Tout est à construire. Des éléments font craindre une transition difficile: il y a des armes partout et les islamistes radicaux sont aux aguets. La priorité pour la Libye va être de construire une armée nationale, homogène et disciplinée, pour ne pas laisser les armes aux brigades radicales et aux armées tribales.

Propos recueillis par Enora Ollivier
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