Agée et surendettée, la bourgade de Yubari présage le Japon de demain

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Publié le 5 septembre 2012.

Neuf habitants sur dix sont partis, la plupart des écoles ont fermé et les irréductibles restants payent des impôts ruineux. Bienvenue à Yubari la surendettée, une cité vieillissante qui pourrait présager le Japon de demain.

Cette ville de l'île septentrionale de Hokkaido fut jadis florissante, lorsque le charbon de la région était vendu à prix d'or pour nourrir l'expansion accélérée de l'archipel dans les années 60 et 70.

Mais le pétrole a depuis détrôné la houille, les mines ont fermé, les emplois ont disparu et beaucoup sont partis, réduisant les revenus de la municipalité comme une peau de chagrin.

Espérant relancer l'économie locale, les autorités ont pourtant continué d'investir et d'entretenir des services publics de haut niveau pendant des années.

Elles ont de surcroît poursuivi une politique touristique aventureuse, l'entretien d'un parc d'attraction tentaculaire et l'achat d'un hôtel peu fréquenté se muant en gouffre financier.

En 2007, la ville a fait faillite.

Les salaires de certains fonctionnaires locaux ont été divisés par deux, poussant nombre d'entre eux à filer... laissant derrière eux une poignée d'officiels contraints de compter le moindre sou pour joindre les deux bouts.

Des 117.000 habitants de la grande époque, la population de Yubari a fondu à une dizaine de milliers de personnes, répartis sur une surface plus vaste que le territoire où s'entassent 9 millions de Tokyoïtes.

Les jeunes étant plus enclins à partir, quelque 45% des Yubariens d'aujourd'hui ont au moins 65 ans.

Le maire, Naomichi Suzuki, 31 ans, veut pourtant croire que Yubari peut se relancer avantageusement "en ville compacte".

Il accuse ses prédécesseurs d'avoir fait le choix confortable mais suicidaire de maintenir en l'état les dépenses pendant des décennies, alors que les rentrées d'argent municipales diminuaient année après année.

La dette de la bourgade atteint actuellement l'équivalent de 640 millions d'euros, soit plus de 60.000 euros par habitant. Les autorités locales ne peuvent engager des dépenses qu'avec l'assentiment de l'Etat central japonais qui ne lâchera la bride qu'en 2029, si la situation s'est améliorée.

"Nous cherchons à rendre les services publics plus efficaces et à bien vivre sans dépenser trop d'argent", explique le maire depuis son sobre bureau.

"Le Japon en miniature"

La municipalité a taillé dans le vif: elle a fermé six des sept écoles élémentaires de Yubari, trois de ses quatre collèges, sa bibliothèque et a singulièrement réduit la dimension de l'hôpital local.

D'après M. Suzuki, cette cure d'austérité est nécessaire pour que la municipalité, une fois ses finances restaurées, puisse réinvestir à terme dans ses services publics.

En attendant, le principal défi est de favoriser la création d'emploi pour inciter des jeunes à rester, faute de quoi la bataille sera perdue d'avance faute de combattants.

"Les gens d'ici sont gentils, mais quand on me demande si je prévois de rester... je reconnais que ce sera difficile", confie Yuta Kudou, 27 ans, célibataire fraîchement arrivé de la banlieue de Tokyo pour s'occuper du petit musée de l'ancienne mine.

"Tout est cher ici: l'eau, le gaz, les égouts, les impôts", les coûts des services de base ayant augmenté à cause de la dette, énumère-t-il.

Il ajoute que les moyens éducatifs limités de la municipalité l'inquiètent en tant que possible futur parent.

Dette colossale, population vieillissante, les problèmes de Yubari forment un miroir grossissant des soucis financiers et démographiques du Japon dans son ensemble.

Le pays manque d'enfants et 40% des Nippons devraient atteindre ou dépasser les 65 ans vers 2060, posant des défis inédits en terme de soins, de paiement des retraites et de répartition des efforts entre les générations.

Le lourd déficit chronique des finances publiques alimente en outre une dette équivalente au double du produit intérieur brut de la troisième puissance économique mondiale, un cas unique parmi les pays développés.

Pendant les années 90 et 2000, le Japon a en effet financé d'importants travaux publics pour encourager l'activité économique ralentie par l'éclatement d'une bulle financière et immobilière.

"Yubari est souvent appelé +le Japon en miniature+", remarque le maire. "La manière dont notre ville va s'en sortir en dira long sur l'avenir du pays."

© 2012 AFP
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