Un an après le tsunami, les communautés japonaises à la croisée des chemins

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Publié le 10 mars 2012.

OTSUCHI (Japon) - Le bateau hissé sur un bâtiment de deux étages par le tsunami a disparu et la plupart des débris qui jonchaient le port de pêche d'Otsuchi ont été déblayés, mais une question se pose un an après: faut-il reconstruire une ville à l'avenir aussi incertain ?

Les routes ont été réparées le long des côtes ravagées par les vagues gigantesques. Elles voient passer, chaque jour, des files de voitures en direction des logements provisoires préfabriqués où la population a appris à vivre depuis la catastrophe.

Dans la bourgade d'Ofunato, les maisons détruites et carcasses de voitures laissées par les flots ont été enlevées, les poteaux électriques ont été relevés et les détritus nettoyés.

Fortement éprouvées, les communautés du littoral des préfectures de Miyagi et Iwate (nord-est) s'efforcent de retrouver peu à peu une vie sociale autour des quelques restaurants et boutiques ayant rouvert.

Les trains s'arrêtent de nouveau à Tagajo et, à Ishinomaki, un pont un temps recouvert d'épaves charriées par la rivière est rouvert au trafic routier.

Feux tricolores et panneaux ont été replacés un peu partout dans ces zones... mais les indications dirigent parfois vers de simples lieux-dits, inhabités.

La ville de Rikuzentakata, réduite en miettes le 11 mars 2011, est aujourd'hui en bonne part désertée. Les rues d'autrefois ont laissé place à de vastes terrains vagues où ne sont visibles que les fondations des maisons emportées.

De hautes piles de débris ont été rangées. Ici ou là demeure une habitation mi-détruite dont le propriétaire a disparu, personne ne voulant prendre la responsabilité de signer l'ordre d'enlèvement de la bicoque.

Les jeunes s'en vont

Partout dans ces villes ravagées revient la même question: que faire ?

Certains soulignent que ces communautés vieillissantes mouraient de toute façon déjà avant le raz-de-marée. Ils appellent les survivants à déménager dans des cités plus importantes bâties à l'intérieur des terres.

Pour eux, il n'y a aucun avenir en l'absence de travail pour des jeunes de moins en moins nombreux.

Mais d'autres refusent de laisser disparaître leur ville, quels que soient les caprices de Dame Nature.

"Lorsque je m'endors, je revois tous ces gens engloutis", raconte Shigeru Yamazaki, 63 ans, d'Otsuchi.

Malgré la perte de son épouse et de sa mère dans la tragédie, il a rouvert sa boutique de vêtements dans une galerie marchande construite à la hâte dans une ancienne cour d'école.

"Je ne veux pas qu'Otsuchi disparaisse. Nous devons en faire un endroit où la jeunesse pourra prospérer", espère-t-il.

Shimako Kariya, 78 ans, ne veut pas partir non plus.

"Mes petits-enfants me disent tout le temps +Mémé, il faut partir+. Mais je leur réponds +Partez si vous voulez, moi je reste+. Je ne peux pas m'en aller".

Peuplée de près de 16.000 âmes avant la catastrophe, Otsuchi en compte désormais 13.300. Quelque 1.300 personnes ont été tuées par le tsunami, et un nombre comparable a déménagé depuis, notamment des jeunes. Un tiers de la population a plus de 65 ans.

"Nous sommes à la croisée des chemins", résume le maire, Yutaka Ikarigawa, pour qui "tout retard dans la reconstruction provoquera un second drame", l'exode.

Pour certains habitants, le choix est simple.

"Nous quitterons Otsuchi si mon mari ne peut prolonger son emploi ce printemps", prévient Yuki Tanaka, une mère de famille. "Avoir un port d'attache est important, mais l'avenir de nos enfants passe avant tout".

La bourgade a perdu son principal pourvoyeur d'emplois et de revenus en janvier, lorsque la coopérative de pêche locale a fait faillite.

La jeune Riho Nagaoka, 18 ans, a déjà décidé pour sa part de quitter les lieux dès sa sortie du lycée fin mars.

"Il n'y a rien à faire ici", constate-t-elle en contemplant une voie de chemin de fer désaffectée. "C'est ma ville d'origine mais pas la ville de mon avenir. Je ne pourrai pas concrétiser mes rêves ici".

© 2012 AFP
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