Senkaku: crise nationaliste sino-japonaise sûrement, pétrolière peut-être

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Publié le 19 septembre 2012.

Petit amas de rochers déserts perdus en mer de Chine orientale ou Eldorado pétrolier sous-marin? Les minuscules îles japonaises Senkaku, revendiquées par la Chine sous le nom de Diaoyu, alimentent les fantasmes autant qu'elles provoquent aujourd'hui de graves frictions entre Pékin et Tokyo.

Tout a commencé à la fin des années 1970 avec un obscur rapport d'une quarantaine de pages d'un département de l'ONU, l'Ecafe, sur la structure géologique des fonds de la mer de Chine orientale. Jusque-là rien de très excitant sauf que les membres de l'expédition scientifique d'un mois et demi et composée de Japonais, Coréens, Chinois et Américains, étaient arrivés à cette conclusion alléchante: on serait en présence d'une zone très riche en pétrole et en gaz, peut-être même l'une des plus riches du monde.

Et le document, bien qu'il n'avance aucun chiffre de réserves potentielles ajoutait: "la partie la plus favorable de la région en matière de pétrole et de gaz s'étend sur 220.000 km carrés au nord-est de Taiwan. Autrement dit: la région des îles Senkaku! Bref: l'île au trésor.

"Il existe une haute probabilité que le plateau continental entre Taïwan et le Japon en eaux peu profondes constitue l'un des réservoirs en pétrole les plus prolifiques du monde", écrivaient encore ces spécialistes.

Selon eux, on serait en présence d'une couche de sédiments d'au minimum plus de 2 kilomètres d'épaisseur remontant au Néogène, soit plus de 23 millions d'années.

Les scientifiques ont beau alors rester d'une élémentaire prudence en disant qu'il faudra mener d'autres études et procéder à des forages pour confirmer leurs estimations, les esprits s'échauffent, les chiffres s'emballent. On parle vite de millions, de milliards de barils, 100 milliards avancent même certains.

Il n'en fallait pas plus pour déclencher un bras de fer entre les pays riverains, qui n'a fait que s'aggraver au fil des années, plus les sources d'énergies se faisaient rares et plus la Chine en pleine expansion industrielle devenait gloutonne en pétrole.

Mer de tous les dangers

"Nous ne croyons pas qu'il y ait des quantités de cette importance", affirme cependant à l'AFP un officiel japonais sous couvert d'anonymat.

Depuis le rapport de l'Ecafe, aucune étude n'a confirmé la présence d'un jackpot pétrolier sous-marin dans la région.

Un rapport japonais sorti 1994 estime tout de même à 3,26 milliards de barils au maximum le potentiel des gisements situés dans la partie considérée comme japonaise par Tokyo de la mer de Chine orientale.

De son côté, l'agence japonaise des ressources naturelles tout comme le ministère des Affaires étrangères estiment qu'il n'y a pas d'éléments fiables prouvant que l'archipel disputé soit assis sur un trésor d'or noir.

"Le rapport de 1994 ne constituait qu'une estimation concernant une vaste étendue en mer de Chine orientale incluant des eaux autour de la chaîne des îles d'Okinawa" au sud du Japon, tempèrent-ils.

Côté chinois, le rapport annuel pour 2011 de la China National Offshore Oil Corp avance les chiffres de 384,6 millions de barils de pétrole et 303,7 milliards de pieds cubes de gaz pour toute la mer de Chine orientale.

Hasard du calendrier ou pas, le ministère chinois des Affaires étrangères a annoncé le 16 septembre, en pleine tourmente sino-japonaise donc, que Pékin allait soumettre prochainement une requête concernant la délimitation de son plateau continental en mer de Chine orientale au-delà des 200 milles nautiques à une commission spécialisée de l'ONU, l'Unclos (United Nations Convention on the Law of the Sea).

A Tokyo, on affûte actuellement les arguments historiques pour démontrer l'inconsistance de la réclamation chinoise.

En 2008, le Japon et la Chine étaient finalement convenus de développer conjointement les ressources naturelles de cette mer qu'ils avaient baptisé "Mer de la paix, de la coopération et de l'amitié".

A dix jours du quarantième anniversaire de la normalisation des relations diplomatiques entre Pékin et Tokyo, ce serait plutôt la mer de tous les dangers, au point que le secrétaire à la Défense américain Leon Panetta, de passage le week-end dernier à Tokyo, s'est carrément inquiété d'un risque de conflit.

© 2012 AFP
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