"Big One" à Tokyo: Sumida, le quartier de tous les dangers

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Publié le 11 septembre 2012.

Vu de 350 mètres de haut, le quartier Sumida, dans le nord de Tokyo, ressemble à un inextricable patchwork de ruelles et de maisonnettes serrées à se toucher. Plantée au beau milieu, la "Sky Tree Tower", haute comme deux Tour Eiffel, surveille ce quartier qui se prépare calmement au "Big One", le séisme du siècle.

Avec ses 230.000 habitants, l'arrondissement est considéré comme une zone très exposée. Les gens y ont l'air serein, mais il flotte ici comme un "syndrome de Lisbonne", la capitale portugaise ravagée en 1755 par un séisme, un tsunami et un gigantesque incendie, avec des dizaines de milliers de morts.

Le Japon organise tous les 1er septembre une grande répétition à l'échelle nationale de ce qu'il faudrait faire en cas de catastrophe. A Sumida, c'est une préoccupation de tous les instants. Encore plus depuis le séisme qui a ravagé le nord-est du pays le 11 mars 2011.

Il faut dire que le quartier est abonné aux catastrophes: ravagé par un séisme et des flammes en 1923, détruit à 70% en 1945 par les bombes incendiaires américaines.

Même si personne ne peut prédire quand Tokyo sera frappé, la probabilité augmente, autant dans les statistiques que dans les esprits, au fur et à mesure que s'éloigne le dernier grand séisme de 1923.

Fin août, le gouvernement a rendu public un scénario catastrophe d'un puissant séisme nocturne de force 9 suivi d'un tsunami de 34 mètres de haut qui pourrait faire jusqu'à 323.000 morts sur la côte Pacifique du pays, plus loin à l'ouest.

Une hypothèse de travail, a-t-il voulu rassurer, destinée à encourager les autorités, les entreprises et la population à améliorer les systèmes d'alerte, d'évacuation, d'atténuation des dégâts.

Car depuis le séisme et le tsunami de mars 2011 (19.000 morts et disparus), un nouveau concept est apparu: "gensaï", littéralement la "réduction du désastre", alors qu'auparavant on parlait surtout de "bosaï", la "prévention".

L'obsession du feu

Depuis cinq ans, 296 sismographes ont été installés dans des écoles à travers tout Tokyo pour sonder en permanence les entrailles souterraines à 20 mètres de la surface. Coût de l'opération, un peu plus d'un milliard de yen (10 millions d'euros). Toutes les données sont transmises aux autorités centrales qui peuvent modifier en conséquence leurs plans de crise.

C'est grâce à ces capteurs que les scientifiques ont dernièrement découvert avec effroi que la faille qui menace potentiellement Tokyo est 10 kilomètres moins en profondeur qu'on ne le pensait. "Ca été un grand choc pour moi", dit à l'AFP Shinishi Sakaï, un professeur de l'institut de recherche sur les séisme à l'Université de Tokyo.

"Pendant que je vous parle, ça bouge tout le temps là-dessous", dit-il, les yeux rivés sur son ordinateur portable relié à un sismographe installé dans l'école Yokokawa à Sumida. Elle avait brûlé en 1923, et en mars 2011 la piscine sur le toit s'est déversée dans la cour 10 mètres plus bas comme une simple cuvette, raconte la directrice, Mariko Wada.

Aujourd'hui l'établissement, conçu comme centre de rassemblement en cas d'évacuation, compte deux entrepôts de stockage de rations de survie et d'eau potable pour 1.000 personnes pendant trois jours, et un système de pompage d'eau depuis 2011 (pour douches et sanitaires). Les élèves font un exercice anti-incendie tous les mois. Fin 2013 toutes les écoles du quartier auront été remises aux normes antisismiques.

Bien plus que dans le Tokyo des grandes tours, le feu reste ici une obsession: un programme de 8 milliards de yen (80 millions d'euros) a été consacré à ignifuger au maximum les habitations, surtout celles en bois. On élargit l'entrelacs d'étroites ruelles - pompiers et ambulances ne peuvent y passer actuellement -, on supprime des centaines de toutes petites impasses qui empêchent les habitants de fuir, on créé ici et là de petites réserves d'eau de pluie, on détruit les maisons en bois branlantes qui seraient autant de "combustibles".

Vigie de 634 mètres de haut

Regroupées dans des associations de volontaires, la population participe à des exercices anti-incendie réguliers.

Car, malgré le danger, "les gens veulent continuer à vivre et travailler ici. C'est pourquoi on travaille à rendre ce quartier plus résistant aux séismes et aux incendies", explique Shigemoto Sahara, un joyeux quinquagénaire à queue de cheval, qui dirige l'association du secteur Ichitera Kototoï (12.000 habitants).

Au hasard des ruelles, il n'est pas rare de voir émerger d'une forêt de petits balcons en bois ou au-dessus d'un petit toit en tuiles vernies rouges ou bleues la silhouette monumentale de la Sky Tree, gigantesque vigie de 634 mètres de haut.

Car cette tour de transmission TV jouera un rôle essentiel en cas de cataclysme. Deux caméras mobiles installées à 260 mètres de haut avec un grossissement de 88 fois surveillent à 360 degrés tout le secteur. Leurs observations permettront de guider les secours et faciliteront les évacuations vers des zones sûres.

A l'intérieur de la tour, on a installé un centre d'observation satellitaire en liaison permanente et sécurisée avec les services de secours.

Et à ses pieds, les constructeurs ont installé des réservoirs de 7.000 tonnes d'eau pour les habitants en cas de séisme et pour combattre le feu.

© 2012 AFP
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