Conflit en Syrie: Vos questions, nos réponses

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Publié le 29 janvier 2014.

PARTICIPATIF - Vous avez été nombreux à nous poser vos questions concernant la situation en Syrie. Nos réponses, avec l'aide de Frédéric Encel, docteur en géopolitique et auteur de «Comprendre la géopolitique» (éd. Du Seuil)...

Frédéric via reporter-mobile@20minutes.fr: Qui compose la rébellion? D'où viennent les combattants, quelle est leur confession religieuse et sont-ils si unis qu'on le dit?

L’opposition n’est pas unie mais composite, à l’image du CNT libyen d’il y a un an. Les opposants sont de différentes religions, ont des aspirations politiques différentes et leur nature est différente. Au départ, il s’agissait de simples civils, puis, la répression s’intensifiant, des soldats de l’armée régulière ont déserté, d’abord en franchissant les frontières, puis, depuis quelques mois, en restant en Syrie et en rejoignant les insurgés et les bases de l’opposition. Il y a aussi des soldats qui proviennent de l’extérieur, une sorte d’internationale jihadiste qui participe à la déstabilisation de n’importe quel pouvoir considéré comme «mécréant».

Raynald via reporter-mobile@20minutes.fr: Quelle part occupent les extrémistes? S’agit-il d’un mouvement islamiste pour faire régner la charia dans le pays?

Parmi les rebelles, une minorité est en faveur d’une démocratie à l’occidentale, d’autres sont pour le maintien des alaouites, mais pas d’Assad. La composante majoritaire est sunnite, et souhaite avant tout un régime débarrassé de la prédominance des alaouites, et d’Assad en particulier. Parmi ces sunnites, il y a des modérés, qui sont favorables au maintien d’un état multiconfessionnel et veulent établir une république «populaire», des proches des Frères musulmans égyptiens, mais aussi des salafistes, plus extrémistes, qui veulent un émirat, comme ils ont l’intention de le faire au nord du Mali.

Jean via reporter-mobile@20minutes.fr: Le conflit en Syrie n'est il pas d'abord un conflit purement religieux?

Effectivement, il y a un fond de divergences religieuses: les sunnites considèrent les alaouites comme des impies, et depuis que les Assad sont au pouvoir (depuis les années 70), le régime est nationaliste et laïc, ce que les sunnites traditionnalistes, les jihadistes et les Frères musulmans n’apprécient pas. Cependant, il faut bien avoir à l’esprit que la rébellion syrienne est bien le printemps arabe de la Syrie. La crise a commencé du fait de facteurs sociaux, économique et politique lourds.

Pierre via reporter-mobile@20minutes.fr: La Syrie est composée de multiples ethnies et confessions, comme au Liban. Va-t-on vers une libanisation de la Syrie?

On l’observe déjà: les massacres et les accrochages ont lieu sur les contours des quartiers des différentes communautés, et on voit un exode des populations sunnites - pour fuir les conflits ou pour venir prêter main forte à la rébellion. Il y a très clairement une dégradation du climat interne sur des bases interconfessionnelles.

Alioune via reporter-mobile@20minutes.fr: Comment se fait-il que l'opposition syrienne soit si résistante? Qui arme l'opposition?

Deux pays soutiennent la rébellion: le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui est le cœur du sunnisme. Il n’y a pas beaucoup de combattants ni d’armes en provenance de ces pays, qui en revanche financent la rébellion. La Turquie sert pour sa part d’asile logistique aux opposants. En face, le régime de Bachar al-Assad est soutenu par l’Iran, la Chine et la Russie.

Sébastien via reporter-mobile@20minutes.fr:  Les chrétiens vont-il souffrir si Bachar al-Assad quitte le pouvoir?

 Les chrétiens, mais aussi les Arméniens ou les druzes, entre autres, risquent de souffrir si le pouvoir tombe entre les mains des sunnites, majoritaires. Ce qui explique pourquoi ces minorités ne s’opposent pas directement à Assad, vecteur de stabilité et de laïcité, donc assurance de la multiplicité confessionnelle. Les alaouites aussi craignent pour leur avenir s’ils sont chassés du pouvoir, ce qui explique qu’ils se battent à la vie à la mort pour le conserver.

Christian via reporter-mobile@20minutes.fr:  Y a t-il un risque d'éclatement du pays avec la création d'un réduit alaouite dans les provinces côtières?

Oui, c’est possible qu’il y ait deux Syries. Ce serait trahir les fondement du parti Baas -unioniste et défenseur de la grande Syrie historique-, mais s’il faut en arriver là pour garder tout ou partie du pouvoir, Assad le fera. Si le rapport de forces change sur le terrain, il est possible d’assister à un repli sur la «Montagne alaouite». D’autant plus qu’il y a dans ces zones les deux seuls ports de Syrie: Lataquié et Tartous.

Georges via reporter-mobile@20minutes.fr: Y a-t-il un lien entre le conflit en Syrie et les ressources en pétrole/gaz en Méditerranée?

Il n’y a aucun rapport. Les sources d’énergie trouvées ou présumées dans la région ne concernent absolument pas la Syrie. De plus, si cela avait été le cas, nul doute que le gouvernement d’Assad aurait déjà réclamé son dû.

Corsicadu77 dans les commentaires : Pourquoi la France défend d'office les «rebelles», que ce soit en Libye comme en Syrie? Khadafi et Assad seraient si méchants que ça?

Assad exerce un pouvoir dictatorial. La répression exercée sur la rébellion est exceptionnellement dure, voire cruelle. La réaction de Paris peut paraître paradoxale, dans la mesure où Bachar al-Assad était invité à l’occasion des célébrations du 14-Juillet en 2008. Mais, si la France a «raté» le début du printemps arabe en Tunisie, elle a ensuite pris plus vite le pli en Libye, et s’est même placée à la tête des Etats prêts à aider les rebelles. Une position que François Hollande pourrait souhaiter maintenir.

Philippe via reporter-mobile@20minutes.fr: Y a-t-il un intérêt quelconque à ne pas intervenir?

Si les Ocidentaux n’interviennent pas, c’est parce qu’ils ne peuvent pas intervenir. L’armée de Bachar al-Assad n’est pas l’armée d’opérette de Kadhafi, et le régime possède encore des soutiens à l’intérieur du pays, sans compter les soutiens géostratégiques que sont la Russie et la Chine. De plus, une intervention signifierait des pertes humaines, matérielles, et un coût financier très élevé.

Nicole via reporter-mobile@20minutes.fr: Pourquoi la Russie critique «le manque d'efficacité» de l'ONU, alors qu'elle refuse, comme la Chine, d'agréer les propositions faites par les autres pays onusiens? Est-ce pour des intérêts particuliers?

Les Russes ne supportent pas la violation de la souveraineté d’un Etat, d’autant moins quand il s’agit de le faire pour des questions de droits de l’Homme. Sans compter que la Syrie est un important client et que Tartous est le seul passage pour la Russie en Méditerranée, ainsi que l’une de ses bases navales. Les liens entre la Russie et la Syrie durent depuis 1951, soit une très longue entente. De plus, les Russes n’ont pas digéré, tout comme les Chinois, le traitement de l’affaire libyenne, et la résolution 1973. Le soutien à la rébellion libyenne a sonné le glas du soutien à la rébellion syrienne.

Marie-Andrée via reporter-mobile@20minutes.fr: Quelles seraient les conséquences d'une intervention armée de la communauté internationale sans résolution de l'ONU?

Une intervention sans résolution est infaisable. Les Russes auraient tôt fait de riposter en coupant le gaz des Européens, ou en faisant le coup de feu contre les hommes et/ou les appareils de l’Otan. De plus, l’armée syrienne n’est pas celle de Kadhafi: elle est extrêmement bien entraînée et armée, et pourrait riposter contre ses voisins -Israël, la Jordanie ou la Turquie. Ce qui est envisageable en revanche, c’est un soutien logistique et financier de la rébellion, de loin.

Louise via reporter-mobile@20minutes.fr: Y a-t-il des chances que ce pays s'en sorte dans les trois prochaines années?

La «masse critique» du régime n’a pas basculé, ce qui permet de penser que la situation ne va pas changer sous peu. Les militaires syriens sont de très bons tacticiens et sont très bien armés -chars, avions, munitions… - grâce aux Russes. Ils prennent leur temps pour préparer une offensive, mais quand ils passent à l’action, ils y vont fort, comme lors de la répression de la révolte de Hamma en 1982. Il semble plus probable de voir une révolution de palais qu’une chute du régime d’Assad.

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Bérénice Dubuc
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