Mohamed Morsi, premier islamiste président d'Egypte, et maintenant?

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Publié le 25 juin 2012.

DÉCRYPTAGE - Dimanche, Mohamed Morsi est devenu le premier chef de l'État élu librement en Égypte. «20 Minutes» fait le point sur ce que cette victoire signifie pour l'avenir du pays...

Qui est Mohamed Morsi?

Fils de fellahs (paysans) analphabètes du Delta du Nil, le docteur Mohammed Morsi, 60 ans, est diplômé de la faculté d'ingénierie de l'université du Caire. Il a été professeur à l'université de Californie dans les années 1980, puis directeur du département d'ingénierie de la faculté de Zagazig. En parallèle, il a gravi tous les échelons hiérarchiques des Frères musulmans jusqu’au bureau exécutif du mouvement.

Artisan des victoires parlementaires des Frères dans les années 2000, il a dirigé le groupe de députés à l'Assemblée du peuple, avant de devenir en avril 2011 président du Parti de la justice et de la liberté, vitrine politique légale de la confrérie.

Mohammed Morsi n’était pas le candidat originel désigné par les Frères Musulmans. Surnommé la «roue de secours», il a été choisi après que la candidature du n°2 de la confrérie, Khairat al-Chater a été invalidée en avril. Le «candidat de rechange»au visage poupin et au manque de charisme flagrant serait, selon ses détracteurs, un parfait apparatchik de la confrérie, bureaucrate hyper autoritaire et obsédé par l'ordre qui obéit aveuglément aux ordres, et ne voit que par le «tanzim», la hiérarchie.

L’Egypte va-t-elle devenir un état islamique?

Mohamed Morsi a promis dimanche d'être le président de «tous les Egyptiens», en appelant à l'unité nationale et en promettant de respecter les traités internationaux signés par son pays. Mais, ce lundi, il  a annoncé dans une interview à l'agence de presse iranienne Fars son intention de rétablir les relations diplomatiques entre l'Egypte et l'Iran pour créer un «équilibre» stratégique dans la région. Il a ajouté que le traité de paix de Camp David avec Israël serait «revu», sans donner de précisions.

Un double-discours qui s’est aussi vu dans la campagne: avant le premier tour, il s'est surtout tourné vers les électeurs conservateurs, multipliant les références religieuses et promettant de mettre en place la charia. Mais, après le premier tour, il s’est posé en champion du changement et du rassemblement, et a multiplié les assurances pour séduire au-delà des islamistes (garantir la liberté de la presse, les droits de la minorité chrétienne, ne pas forcer les femmes à porter le voile…).

Il s'est également présenté comme le défenseur de «la révolution du 25 janvier», mais sa crédibilité a été mise en doute par d'anciens révolutionnaires: les Frères musulmans ne se sont pas immédiatement ralliés à la révolution, principalement animée par des mouvements laïcs et libéraux.

Quelle place pour le nouveau président alors que l’armée a encadré tous les pouvoirs?

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), aidé par un appareil judiciaire hérité de l'ère Moubarak, a dissous le parlement dominé par les islamistes à la mi-juin, au motif d'irrégularités dans la loi électorale, et s'est arrogé le pouvoir législatif, ce qui a considérablement réduit les pouvoirs du premier chef de l'Etat élu librement en Egypte. En coulisses, les responsables des Frères musulmans cherchent un compromis avec l'armée pour qu’elle revienne dans une certaine mesure sur ces décisions.

La confrérie espère que le CSFA rétablisse pour partie le Parlement dans ses fonctions et fasse d'autres concessions. En échange, Mohamed Morsi nommerait un gouvernement et une administration présidentielle acceptables par l'armée, notamment en faisant appel à des personnalités de l'ensemble de l'échiquier politique-on parle notamment de Mohamed ElBaradeï, ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et figure du mouvement réformiste.

L'armée, quoi qu'il en soit, veut que Mohamed Morsi soit investi dans ses fonctions au 30 juin, ce qui lui permettra de respecter la date butoir du 1er juillet fixée pour la restitution du pouvoir aux civils.

Bérénice Dubuc avec Reuters
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