Départ des troupes américaines: les Irakiens sont-ils prêts?

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Publié le 30 juin 2009.

INTERVIEW - Stéphane Taillat est historien et spécialiste des conflits en Irak depuis 2003. Il revient sur les enjeux du retrait des troupes de combat dans les villes irakiennes...

Etait-ce opportun de retirer les troupes maintenant, étant donné le regain de tension dans le pays?
Il y a justement un grand débat aux Etats-Unis, actuellement, sur ce choix de l'administration Obama. Faut-il quitter l'Irak pour renforcer les troupes en Afghanistan? Il faut savoir que toutes les troupes américaines ne partent pas du pays. Il reste encore des troupes de combat aux périphéries des villes, ainsi que des troupes dites de soutien logistique. Elles ont pour objectif d'aider l'armée irakienne. De plus, des militaires américains travaillent en étroite collaboration avec leurs homologues irakiens qu'ils conseillent et à qui ils fournissent une assistance technique.

Que cela va-t-il changer pour le pays, au plan national et international?
Le relais va être pris par les divisions irakiennes, formées depuis 2004 par les Américains. Ces troupes sont aptes à mener des opérations dans les villes. Ce transfert aux forces irakiennes va permettre une moindre visibilité des soldats américains dont la présence suscitait des réactions très partagées et donc de calmer les esprits. Sur le plan national, soit le Premier ministre va tenter de poursuivre la mise en place de la démocratie qu'ont commencé à construire les Américains, soit tenter d'assoir son pouvoir personnel par la force. Sur le plan international, il est difficile de savoir quelle sera la position du gouvernement irakien. On sait que les relations sont très bonnes avec l'Iran. On peut donc imaginer un alignement sur la position du voisin. Mais le Premier ministre Maliki n'est pas autant aligné sur Téhéran que l'est le Conseil suprême irakien. Il est difficile de savoir, pour le moment, quelle sera la position de l'Irak.
 
Quelles vont être les principales difficultés auxquelles vont devoir faire face les forces irakiennes?
Il faut savoir que l'Irak est un pays qui a été complètement déstructuré sous Saddam Hussein. Le pouvoir va donc devoir faire face à une société fragmentée. De plus, les Etats-Unis ont longtemps défendu les chiites «opprimés». Leur départ risque de raviver les oppositions ethniques entre chiites et sunnites. Enfin, il existe un risque de voir ressurgir des luttes violentes entre les différentes factions qui souhaitent acquérir du pouvoir. On voit, depuis un certain temps, une recrudescence des violences. Si la plupart des groupes djihadistes ont été éradiqués, il en reste néanmoins certains qui continuent à menacer et à commettre des attentats. Mais la principale violence est en fait une violence quotidienne commise par les différents groupes en opposition avec le pouvoir et qui commettent des séries d'assassinats.
Propos recueillis par Maud Descamps
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