Meurtre de Trayvon Martin: La mort qui choque et dérange l'Amérique

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Publié le 24 mars 2012.

ETATS-UNIS - Cet adolescent noir, non armé, a été tué par un homme blanc qui effectuait une ronde de voisinage et qui plaide la légitime défense...

De notre correspondant à Los Angeles

Le malaise autour des circonstances de la mort de Trayvon Martin a poussé Barack Obama à s'exprimer avec émotion, vendredi, demandant qu'une enquête fasse «toute la lumière» sur cette «tragédie». Que s'est-il passé exactement le 26 février dernier, à Sanford, dans la banlieue d'Orlando, en Floride? Pourquoi le débat est-il aussi vif? Le point sur l'affaire.

Les circonstances du meurtre

Le 26 février 2012, Trayvon Martin, 17 ans, un adolescent sans histoire ni casier, part un peu avant 19h de la maison de sa petite amie pour aller acheter des bonbons à l'épicerie du coin. George Zimmerman, 28 ans, effectue, lui, une ronde de quartier, pour surveiller le voisinage après plusieurs cambriolages. Il appelle le 911 (services d'urgence) pour signaler «un comportement suspect». Malgré les consignes de l'agent, il suit Martin, d'abord en voiture puis à pied. Quelques minutes plus tard, l'adolescent meurt, d'une blessure par balle à l'abdomen, un paquet de bonbons et une canette de soda à la main. La police trouve Zimmerman saignant du nez, une blessure à la tête. Il jure avoir agi «en légitime défense».

L'appel au 911

La bande a été rendue publique par le bureau du shérif de Sanford. «On a eu des cambriolages» dans le quartier «et il y a un type louche qui se balade, on dirait qu'il prépare un coup, qu'il a pris de la drogue ou un truc dans le genre», explique Zimmerman à l'officier au téléphone. «Est-il noir ou latino? Que porte-t-il?», demande ce dernier. «On dirait qu'il est noir, et il porte un sweat à capuche sombre, il a un truc dans les mains, je ne sais pas trop ce que c'est. Il me regarde», répond Zimmerman. L'officier lui conseille plus tard de rester à l'écart et de laisser la police intervenir. Mais Zimmerman s'obstine. «Ces salauds, ils échappent toujours au système [«they always get away»]. Puis, la bande est mauvaise, Zimmerman lâche une insulte indéterminée. Il semble dire «fucking coons» [«putain de nègres»]. La police a reconnu depuis qu'elle avait peut-être raté une injure raciale dans la conversation.

Les témoignages

Plusieurs témoins affirment avoir entendu crier «à l'aide», d'une voix qui semblait être «celle d'un jeune garçon», puis un coup de feu, et l'arrêt des cris. La bande son d'un appel 911 semble corroborer ces affirmations, sans que l'on puisse savoir avec certitude qui crie «Help».

>> Attention, ce clip audio peut choquer

Un autre témoin raconte sa version à CNN. Elle affirme avoir vu, au sol, Zimmerman «au-dessus de Trayvon, le plaquant avec ses jambes».

Le témoignage de la petite amie

Elle se trouvait au téléphone avec Martin juste avant le moment fatidique. «Il a dit qu'un homme le surveillait, alors il a mis sa capuche. Je lui ai demandé de courir, il a dit qu'il allait marcher vite. Je lui ai dit de courir, mais il a dit qu'il n'allait pas courir», a confié la jeune fille à ABC News. Quelques minutes plus tard, elle a entendu la suite de la conversation: «Pourquoi est-ce que vous me suivez?», aurait-il demandé. «Qu'est-ce que tu fais là?», aurait rétorqué Zimmerman. Puis la jeune fille dit avoir entendu «quelqu'un qui était poussé». Selon elle, «il devait s'agir de Trayvon car son kit main libre est tombé. J'ai essayé de rappeler mais il n'a pas répondu», conclut-elle.

La version de Zimmerman

Il ne n'est pas exprimé publiquement. Il a indiqué à la police qu'il avait été attaqué par Martin après avoir abandonné sa poursuite, alors qu'il retournait à son véhicule.

La police de Sanford critiquée

La police a d'abord envoyé sur place un agent de la division des narcotiques – et pas un officier de l'unité des homicides. Elle a également oublié de faire passer un test d'alcoolémie/drogue à George Zimmerman. Enfin, elle a d'abord expliqué que deux témoins avaient corroboré la version de légitime défense, ce que les témoins ont nié, demandant à la police une rétractation. Le téléphone de Trayvon Martin n'a pas été retrouvé. L'opérateur T-Mobile a confirmé que le jeune homme était au téléphone pendant quatre minutes juste avant l'incident.

Le chef de la police s'auto-suspend

«Il est manifeste que ma présence dans cette affaire perturbe la procédure», a déclaré à des journalistes Bill Lee, le chef de la police de Sanford. «Dans ces circonstances, j'en suis arrivé à la décision de me retirer temporairement de mes fonctions», a-t-il ajouté. «Je fais ceci dans l'espoir de ramener un semblant de calme dans une ville en ébullition depuis plusieurs semaines».

Barack Obama: «Si j'avais un fils, il ressemblerait à Trayvon»

Vendredi, le président est sorti de sa réserve. «Si j'avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Je ne peux imaginer ce que traversent les parents. Chaque parent aux Etats-Unis devrait pouvoir comprendre la raison pour laquelle il est impératif que nous enquêtions sur tous les aspects de cette affaire, et que tout le monde y mette du sien, Etat fédéral, Etat (de Floride) et autorités locales, pour comprendre exactement comment cette tragédie s'est produite», a déclaré Barack Obama.

Mobilisation en Floride

Cette semaines, plusieurs manifestations ont rassemblé des milliers de personnes, au son du chant «Nous sommes Trayvon Martin». Le basketteur de Miami, Dwayne Wade, a publié sur Twitter une photo de lui en «hoodie» (sweat à capuche), pour protester contre «les stéréotypes». De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le «profilage racial» des forces de l'ordre.

Plusieurs enquêtes en cours

Le ministère américain de la Justice, le procureur du district central de Floride et le FBI ont ouvert une enquête. Un grand jury (chambre d'accusation) doit se réunir le 10 avril pour décider si les accusations sont suffisantes pour poursuivre George Zimmerman.

La loi sur la légitime défense controversée

La Floride n'a pas une simple loi donnant le droit de se défendre en cas de menace, mais un texte «Stand your ground» («défends ton espace»), qui autorise un citoyen à utiliser une arme mortelle plutôt que de battre en retraite lors d'une altercation. La police s'abrite derrière ce texte pour expliquer pourquoi Zimmerman n'a pas été arrêté. Les détracteurs de la loi estiment qu'il s'agit «d'un permis de tuer, comme dans James Bond». La National Riffle association (NRA), puissant lobby des armes aux Etats-Unis, s'en défend, et précise qu'il faut «craindre une véritable menace pour sa vie».

Les patrouilles de voisinage critiquées

Contrairement à ce qui avait d'abord été affirmé, Zimmerman ne faisait pas partie d'une association de patrouille de voisinage officielle. Il opérait en solo mais disposait bien d'un permis pour porter une arme, selon la police. Malgré tout, ces programmes citoyens sont sous le feu des critiques. La police de Floride a dû répéter que jouer les justiciers était interdit, et que le seul rôle de ces groupes était de «donner l'alerte».

Philippe Berry avec Reuters
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