L'attaque du Sinaï met fin à la lune de miel entre l'Egypte et le Hamas

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Publié le 10 août 2012.

L'attaque du Sinaï ayant coûté la vie à 16 gardes-frontières égyptiens a mis fin à une éphémère lune de miel entre les dirigeants du Hamas, au pouvoir à Gaza, et le nouveau président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, selon des analystes.

Après l'élection de Mohamed Morsi en juin, accueillie dans la liesse par le Hamas, les relations avec le mouvement islamiste palestinien semblaient parties sur un bon pied, le nouveau dirigeant égyptien décidant d'assouplir les restrictions à la frontière entre l'Egypte et la bande de Gaza.

Mais tout a basculé dimanche soir lorsque des hommes armés ont tué 16 gardes-frontières égyptiens dans le Sinaï: des sources au Caire ont laissé entendre que les assaillants venaient de l'enclave palestinienne.

Même si le Hamas a rapidement condamné l'attaque et fermé des tunnels de contrebande passant sous la frontière, ses relations avec Le Caire en "ont sérieusement pâti et auront besoin de beaucoup de temps pour s'en remettre", explique l'analyste Moukhaimer Abou Saâda.

"La lune de miel" entre le Hamas et Mohamed Morsi "n'aura pas duré longtemps" en raison des "pressions populaire et militaire sur M. Morsi" qui pourraient le faire revenir sur sa promesse d'étendre les heures d'ouverture du passage de Rafah, souligne M. Abou Saâda.

Toutefois, les dissensions "pourraient ne pas être durables s'il est prouvé que personne dans la bande de Gaza n'était impliqué" dans l'attaque, tempère ce professeur de Sciences politiques à l'Université Al-Azhar de Gaza.

La confrérie panislamiste des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi, est en effet considérée comme la "maison mère" du Hamas.

- Eviter une crise humanitaire -

Mais ce dernier est sous pression pour mieux contrôler sa frontière avec l'Egypte à défaut de quoi il risque une dégradation des relations avec le Caire.

Selon le vice-ministre des Affaires étrangères du Hamas, Ghazi Hamad, le mouvement palestinien mène d'"intenses" discussions avec l'Egypte pour "contenir l'impact de l'attaque terroriste" et éviter "une crise humanitaire" que provoquerait une fermeture des tunnels, poumon vital pour la bande de Gaza.

Des experts estiment cependant que l'Egypte devra détruire les tunnels, source majeure de ses problèmes sécuritaires.

Le politologue Walid al-Moudalal considère ainsi que l'attaque du Sinaï donne au Caire "des motifs raisonnables pour ouvrir la frontière à Rafah" et éviter les dangers liés au transit non réglementé via les tunnels.

Selon lui, l'Egypte pourrait tolérer des tunnels réservés à l'essence et aux matériaux de construction le temps que soit mise en place d'une "zone de libre-échange" à la frontière. Les deux parties "sont prêtes pour cette solution", assure-t-il.

Mais Le Caire subit des pressions internationales, en particulier d'Israël, pour ne pas rouvrir complètement le passage de Rafah, seule porte de Gaza vers l'étranger non contrôlée par l'Etat hébreu qui impose un blocus au territoire palestinien depuis 2006.

Israël cherche à "monter l'opinion publique égyptienne contre Gaza afin d'empêcher une réouverture du passage ou un allègement du blocus", accuse le journaliste Mustafa al-Sawaf.

La plupart des analystes à Gaza s'attendent néanmoins à "un retour prochain à la normale des relations" entre Gaza et l'Egypte et même à une coopération sécuritaire accrue, y compris "face aux groupes extrémistes".

Le Hamas lance régulièrement des campagnes de répression contre les groupes salafistes jihadistes.

La réouverture du passage de Rafah va "commencer progressivement pour les cas humanitaires et sera maintenue, car sa fermeture signifie un retour à la punition collective de l'occupation israélienne, une pratique inacceptable dans l'Egypte post-révolutionnaire", prédit le politologue al-Moudalal.

© 2012 AFP
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