En rétablissant le Parlement, Morsi provoque un "séisme politique"

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Publié le 10 juillet 2012.

LE CAIRE - La décision du président égyptien de rétablir le Parlement dissous a déclenché un séisme politique en Egypte, où certains saluent ce défi à l'égard de l'armée, tandis que d'autres regrettent un "coup d'Etat constitutionnel" témoignant d'un manque de respect pour la démocratie.

Mohamed Morsi a annulé dimanche par décret la décision de justice dissolvant l'Assemblée du peuple, dominée par les islamistes, et invité la chambre à se réunir de nouveau et à exercer ses prérogatives.

L'Assemblée avait été dissoute après un arrêt de la Haute cour constitutionnelle la déclarant invalide en raison d'un vice juridique dans la loi ayant régi les législatives de l'hiver.

Sur la base de ce jugement, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), à qui Hosni Moubarak avait remis le pouvoir en démissionnant sous la pression de la rue en février 2011, a annoncé dans une "Déclaration constitutionnelle complémentaire" qu'il exercerait le pouvoir législatif jusqu'à l'élection d'une nouvelle Assemblée.

"La décision de Morsi de rétablir le Parlement jusqu'à la tenue de nouvelles élections est la première étape dans l'inversion de la Déclaration constitutionnelle", estime le militant de gauche Waël Khalil, appelant à d'autres mesures pour "restaurer toute l'autorité des élus".

Le décret de M. Morsi a été salué par ceux qui veulent voir l'armée sortir de la politique et regrettent que la Déclaration constitutionnelle ait considérablement affaibli la fonction de président.

"Comment certains peuvent-ils être opposés à la déclaration constitutionnelle (...) et quand (le président) commence à reprendre son pouvoir de l'armée, se mettre en colère?", s'interroge l'écrivain Alaa al-Aswany.

Le décret présidentiel prévoit aussi "l'organisation d'élections anticipées pour la Chambre, 60 jours après l'approbation par référendum de la nouvelle Constitution du pays, et l'adoption d'une nouvelle loi régissant le Parlement".

Des journaux ont décrit la décision de M. Morsi comme un "séisme politique" forçant l'armée à la confrontation avec le président.

"Morsi a dit au CSFA échec et mat", écrit en Une le quotidien indépendant Al-Watan, tandis qu'un autre quotidien, Al-Tahrir, titre "Morsi a battu le CSFA".

La Haute cour constitutionnelle a rejeté le décret, soulignant que ses jugements étaient "définitifs (...) et contraignants", tout en disant n'être partie prenante dans aucune lutte politique.

Et pour certains, la décision du président est un "coup d'Etat constitutionnel".

Selon le prix Nobel et opposant Mohamed ElBaradei, elle montre "un mépris pour l'autorité judiciaire et place l'Egypte dans un coma constitutionnel et un conflit entre les institutions".

Des hommes politiques laïques ont de leur côté critiqué le monopole du pouvoir par les Frères musulmans.

"Le CSFA doit agir contre ce coup d'Etat constitutionnel, l'Egypte n'est pas dirigée par le bureau de guidance des Frères musulmans", a dit le député libéral Mohammed Abou Hamed.

"Dans un pays démocratique, un président ne peut manquer de respect à la justice", affirme Rifaat al-Saïd, chef du parti de gauche Al-Tagammu. "Qu'il le veuille ou non, Morsi doit respecter les décisions de la justice", a-t-il ajouté.

La Déclaration constitutionnelle avait été qualifiée de "coup d'Etat" par les Frères musulmans, faisant monter d'un cran les tensions politiques entre les islamistes et les militaires, rivaux historiques.

Certains, comme le candidat malheureux à la présidence Abdel Moneim Aboul Foutouh, ont estimé que la décision de M. Morsi pouvait être le moyen de sortir de la confrontation.

"Le respect de la volonté populaire par le biais du rétablissement du Parlement élu et le respect de la justice par le biais de la tenue d'élections législatives est le moyen de sortir de cette crise", a-t-il écrit sur Twitter.

© 2012 AFP
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