Tarek El Kholi: «On est sur la bonne voie, même si on est une minorité»

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Publié le 15 février 2012.

INTERVIEW - Le porte-parole du mouvement du 6 avril, arrêté à trois reprises par le pouvoir en place, répond aux questions de «20 Minutes»...

De notre envoyée spéciale en Egypte,

Tarek El Kholi, avocat d’une trentaine d’années, est le porte-parole du mouvement du 6 avril. Ce mouvement, présent dans 18 villes, compte 5.000 militants et a été à la pointe de la contestation lors de la Révolution, l’hiver dernier. Arrêté à trois reprises par le pouvoir actuel, surveillé, écouté, on le rencontre dans une maison qui semble abandonnée, mais est en fait très protégée et bouclée par une lourde chaîne…

Comment est né le mouvement du 6 avril et quel rôle a-t-il joué lors de la Révolution de l’hiver dernier?

Notre groupe est né en avril 2008 lorsque des ouvriers textiles se sont mobilisés contre leurs conditions de travail et le coût de la vie. Le 6 avril, 33 étudiants avaient été arrêtés et depuis nous avions décidé de nous réunir à cette même date tous les ans, pour commémorer l’événement. En janvier dernier, notre groupe a lancé un sondage sur Facebook en arabe et en anglais: «Allez-vous manifester le 25 janvier?». Près de 90.000 personnes ont répondu «oui» et beaucoup sont effectivement descendues dans les rues. Quinze jours plus tard, Hosni Moubarak a démissionné.

Votre mouvement, pourtant à la pointe de la contestation en janvier dernier, n’a pas gagné la bataille des urnes lors des élections législatives, pourquoi?

On a rencontré beaucoup de problèmes matériels et eu pas mal de maux avec les partis islamistes qui n’ont cessé de nous dénigrer durant la campagne. Du coup, nous n’avons pas obtenu de très bons résultats. Mais je suis certain que les prochaines élections nous rendront justice. Les partis islamistes [Le parti de la Liberté et Justice et les Salafistes ont remporté près de 60% des suffrages lors des législatives] ne sauront pas répondre aux attentes des gens. La prochaine fois, les gens voteront pour nous.

Tout de même, comment expliquer la victoire des partis islamistes?

Le Conseil supérieur des forces armées (CSFA), sensé assurer la transition démocratique, a une grande responsabilité dans leur victoire. Après la Révolution, le CSFA a passé son temps à détruire l’image des partis qui avaient participé à obtenir la chute d’Hosni Moubarak. Ils n’ont cessé d’imputer au mouvement de Tahrir la responsabilité de la misère, de la crise économique, de l’insécurité. C’est une façon de monter les gens les uns contre les autres pour conserver le pouvoir. Mais comme cela n’a marché que partiellement, le CSFA tente maintenant de liquider les gens physiquement : en les arrêtant ou en provoquant des affrontements comme lors de la bataille de la rue Mohamad Mahmoud à l’automne dernier, ou plus récemment à l’issue du match de Port Saïd.

D’après vous, le CSFA ne souhaite pas quitter le pouvoir en juin, comme il s’y est engagé?

Il sera obligé de le faire, sinon les Egyptiens descendront de nouveau dans la rue. Mais comment va-t-il le faire? C’est la question. Actuellement, le CSFA essaie d’obtenir de garder le pouvoir que l’armée a toujours eu dans ce pays et d’obtenir l’immunité de ses membres pour les crimes commis ces derniers mois. Or ce n’est pas acceptable, certains d’entre eux devront être jugés.

Quel candidat soutiendrez-vous pour l’élection présidentielle qui doit se tenir en juin?

Le mouvement voulait s’engager pour Mohamad El Baradeï, prix Nobel de la paix et ancien président de l’Agence internationale de l’énergie atomique, mais il a préféré renoncer en partie en raison de la campagne de dénigrement qu’il a subie [ses enfants étaient présentés comme amoraux, etc]. Il pense qu’il n’aurait aucune chance de gagner les suffrages du peuple. Du coup nous devons nous reporter sur quelqu’un d’autre, mais n’avons pas déterminé qui. Mais, je reste persuadé que nous sommes sur la bonne voie, même si, pour l’instant, nous restons une minorité. Tout ce que nous avons vécu depuis janvier dernier, tous les martyrs qui sont tombés pour cette Révolution, nous ne l'avons pas vécu pour rien.

Propos recueillis par Armelle Le Goff, au Caire
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