De notre envoyée spéciale au Caire
L’Egypte savoure sa liberté mais cherche l’apaisement. Depuis le 11 février 2011 et la démission d’Hosni Moubarak, chaque semaine apporte son lot d’événements tragiques.
Le dernier en date, le 1er février dernier, a eu lieu lors d’un match de football dans la ville de Port-Saïd. Des affrontements entre supporters auraient entraîné la mort 78 civils selon les chiffres officiels (179 morts selon les familles des victimes).
Lors d’un rassemblement, qui se tenait le lendemain pour protester contre l’inaction, ce soir-là, des forces de sécurité, quinze manifestants au moins auraient péri. Et tout cela sans compter, pointent la Fédération internationale des droits de l’Homme et Amnesty International, les victimes de la politique répressive du Conseil suprême des forces armées (CFSA).
La transition politique devait se faire grâce à l’armée, il semblerait qu’elle peine à se faire, en partie à cause de celle-ci.
Les jeunes et les femmes au banc des élections
«Il reste tout à faire, constate Imad, 27 ans, employé d’une ONG européenne. En fait, malgré ce que nous pensions au lendemain du 11 février, presque rien n’a changé. Nous devons, nous, les jeunes de la place Tahrir, nous mobiliser pour arriver au pouvoir et nous assurer que le CFSA aura bien passé le relais en juin prochain».
Sauf que les élections passent [les législatives à l’automne dernier, les sénatoriales actuellement] sans que les jeunes de Tahrir ne semblent réussir à concrétiser leurs élans révolutionnaires dans les urnes. «On a raté cette échéance, reconnaît Imad. Mais il faut que l’on se prépare pour les prochaines élections et que l’on change de stratégie: que l’on aille parler au peuple, comme le font le parti de la Liberté et Justice et Nour (les Frères musulmans et les Salafistes, près de 60% des sièges au Parlement)».
Les jeunes ne sont pas les seuls à s’être fait confisquer leurs espoirs politiques. Les femmes aussi ont disparu des écrans: seulement 11 femmes siègent aujourd’hui à l’Assemblée (neuf élues et deux nommées).
La place Tahrir, lieu de rendez-vous des marchands ambulants
La grande gagnante semble-t-il, c’est l’insécurité. Taxis, commerçants… tous se plaignent d’une violence dont l’Egypte se croyait jusqu’alors épargnée. Epicentre de la Révolution, la place Tahrir, carrefour central de la capitale, autrefois lieu de promenade privilégié des jeunes couples égyptiens et des touristes saoudiens, est devenu le lieu de rendez-vous des marchands ambulants de la ville.
Impensable il y a encore quelques mois à quelques encablures du siège de la Ligue arabe, ou du musée national égyptien on slalome désormais entre les graffitis «Fuck SCAF [CFSA, en anglais]» et les odeurs d’urine.
Toute voilée de noir, une femme pousse une poussette au bras de son mari, longue barbe et zebida, la marque du musulman pieux. «Tiens, voilà la nouvelle famille égyptienne», ironise Chaban, documentariste francophone. Musulman pratiquant, il a du mal à se reconnaître dans ces pratiques religieuses ostentatoires. Le Caire compte 20 millions d’âmes et presque autant de cas particuliers. Pas facile d’y trouver le consensus.