Les Egyptiens doivent maintenant surveiller l'armée

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Publié le 12 février 2011.

ANALYSE - Jusqu'à présent, l'armée n'a pas exposé en détail ses projets et l'Egypte s'avance en territoire inconnu...

Les Egyptiens ont réussi à chasser Hosni Moubarak du pouvoir, après trois décennies de régime autocratique, il leur faut désormais s'assurer que les militaires confieront bien à terme les rênes du pays à un régime démocratique et civil. Jusqu'à présent, l'armée n'a pas exposé en détail ses projets et l'Egypte s'avance en territoire inconnu.

Défis sociaux et économiques

Quel que soit le futur gouvernement, il sera confronté à d'importants défis sociaux et économiques dans un pays sclérosé par 30 années d'un pouvoir autoritaire et corrompu. Si ce gouvernement est librement choisi par le peuple, il pourrait contribuer à libérer l'impressionnante énergie créative et la fierté nationale si manifestes dans les rues durant les 18 jours de contestation d'Hosni Moubarak.

>> Lire notre interview d'un spécialiste: «L'armée va être obligée de jouer le jeu, d'organiser des élections»

«Les Egyptiens doivent faire attention à ne pas se faire voler leur révolution, prévient Hassan Nafaa, professeur de sciences politiques à l'université du Caire. Les choses sont désormais entre les mains de l'armée, qui est censée mettre en oeuvre les exigences de la révolution et par conséquent, le peuple doit suivre attentivement la manière dont ces revendications vont être suivies.»

L'armée pourrait envoyer un signal positif en limogeant le gouvernement formé à la hâte par Hosni Moubarak après le début du soulèvement populaire et le remplacer par un cabinet «qui représente le peuple, les forces d'opposition et les forces qui ont déclenché la révolution», poursuit Hassan Nafaa.

Gouvernement transitoire contesté

Diaa Rachouane, spécialiste de l'Egypte, s'attend à un gel de la Constitution et à une dissolution du parlement issu des élections législatives de novembre, largement considérées comme entachées de fraudes massives au profit du Parti national démocrate (PND) au pouvoir. Il est confiant cependant dans la capacité des Egyptiens, renforcés par leur victoire contre Moubarak, à garantir l'avènement d' «une nouvelle ère de liberté». «Il n'y a plus à s'inquiéter pour le sort des Egyptiens», assure-t-il.

Pour Robert Satloff, directeur de l'Institut politique du Proche-Orient à Washington, la hiérarchie militaire devrait «clarifier très rapidement la question de savoir si l'Egypte est toujours placée sous loi martiale ou si elle est engagée sur un véritable chemin vers la démocratie». Le pouvoir a été confié à un Conseil suprême des forces armées, qui, selon le vice-président Omar Souleimane, dirigera le pays jusqu'à l'élection présidentielle de septembre. L'armée a promis qu'il s'agirait d'un scrutin équitable.

Le chef de ce conseil militaire est pourtant un pilier de l'ancien régime: ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui, 75 ans, est qualifié par ses détracteurs de "caniche" de Moubarak. L'avenir d'Omar Souleimane est lui-même incertain. Cet ancien chef de services de renseignement âgé de 74 ans est contesté par les manifestants.

«Il faut sérieusement se demander dans quelle mesure Souleimane sera acceptable, étant donné son soutien à Moubarak», prévient Julien Barnes-Dacey, spécialiste du Proche-Orient à Control Risks. «Il va falloir qu'il propose très rapidement un projet de réforme complète.» Il pourra compter sur le camp démocrate qui espère fort avoir son rôle à jouer dans cette nouvelle Egypte. Car, comme le souligne Brian Katulis, expert du Proche-Orient au Center for American Progress de Washingto, la chute de Moubarak ne marque que le début du processus de transition.

Avec Reuters
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