Rien n’y fait. Hosni Moubarak a eu beau remanier lundi son nouveau gouvernement, changer son ministre de l’Intérieur, conspué par les manifestants, la rue ne cède pas et réclame toujours le départ du président égyptien lundi. Encore une fois, des milliers de Cairotes ont bravé le couvre-feu pour se regrouper place Tahrir afin de crier leur colère et pousser Moubarak vers la sortie. Les militaires, stationnés dans les endroits clés de la ville, n’ont pas bougé, même si les manifestants les enjoignaient à choisir «entre l’Egypte ou Moubarak».
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Une marche d’un million de personnes est prévue mardi à l’initiative de l’opposition, qui pourrait tourner à la démonstration de force. D’autant plus que l’armée, pour la première fois depuis les manifestations, a pris parti lundi soir et semble se rapprocher des manifestants. Elle a annoncé lundi de manière très claire qu’elle n’userait pas de la force contre les manifestants. Mieux, elle a jugé «légitimes» les revendications du peuple égyptien. «Vos forces armées, qui ont conscience de la légitimité de vos demandes et sont prêtes à assumer leur responsabilité de protection de la nation et des citoyens, affirment que la liberté d'expression par des moyens pacifiques est garantie à tous», a déclaré l'état-major dans un communiqué.
Cette prise de position pourrait constituer un tournant majeur dans la crise égyptienne. Reste que l’armée égyptienne a une place stratégique dans le nouveau cabinet annoncé par Hosni Moubarak, avec trois anciens officiers supérieurs nommés comme Premier ministre, vice-président et vice-Premier ministre et ministre de la Défense. L’opposition, et notamment les Frères musulmans, ont rejeté le nouveau gouvernement. Et si le mouvement anti-Moubarak a débuté sans dirigeant clair ni formation structurée, l'opposition s'efforce maintenant de s'organiser autour de Mohamed El Baradeï.
Au niveau international, des critiques commencent à se faire entendre en Israël contre Barack Obama, qui aurait lâché Moubarak, garant de la stabilité au Proche-Orient, en réclament une transition. L'Etat hébreux craint les répercussions de la crise sur ses relations avec l'un des seuls Etats arabes à avoir fait la paix avec Israël. Interrogé sur le cours des événements en Egypte, Benyamin Netanyahou a répondu: «Nous le suivons tous avec vigilance, avec inquiétude et, bien sûr, l'espoir que la paix et la stabilité seront préservées». «Notre vraie crainte c'est une situation qui pourrait déboucher, et qui a déjà débouché dans plusieurs pays, y compris en Iran même, sur des régimes radicaux islamistes répressifs», s’est-il inquiété.
Angela Merkel, en visite à Jérusalem, a récusé lundi l'idée selon laquelle l'Europe et les Etats-Unis auraient lâché le président égyptien Hosni Moubarak. «On ne peut pas transiger avec ses principes et dire: 'ils sont valables dans certains pays, où on peut exprimer ses pensées et voter librement, mais ils ne tiennent pas du tout dans d'autres'. Par conséquent, je ne crois pas que nous ayons laissé tomber qui que ce soit», a expliqué la chancelière allemande alors que l’Union européenne a appelé ce lundi à une «transition rapide» et des «élections libres et justes».
En fait les dirigeants occidentaux s'emploient à trouver une réponse adaptée à cette crise qui menace de bouleverser la donne au Proche-Orient: sans appeler directement au départ de Moubarak, ils prônent le respect des libertés fondamentales tout en craignant l'arrivée au pouvoir d'extrémistes.
Sous le feu des critiques, la Maison blanche a répondu lundi qu’elle ne prenait pas partie entre les manifestants et le les autorités égyptiennes. La crise égyptienne doit se régler par des pourparlers largement représentatifs incluant des groupes de l'opposition et il n'appartient pas aux Etats-Unis de décider d'un changement à la tête de l'Egypte, a déclaré Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison blanche.
Par ailleurs, au septième jour de contestation, de nombreux pays, comme la Chine, le Japon ou les Etats-Unis ont commencé à expatrier leurs ressortissants. La France n’a pris aucune mesure dans ce sens mais des entreprises françaises, comme Lafarge ou Saint-Gobain, ont proposé à leurs salariés occidentaux de les évacuer. Des étrangers, résidents ou de passage, ont tenté de quitter Le Caire lundi, provoquant des scènes de chaos selon des témoignages.