RELIGION - Le gouvernement a annoncé l'abattage de 250.000 porcs élevés par les Coptes. Une décision qui laisse planer l'ombre des Frères musulmans sur la campagne sanitaire...
La décision est-elle sanitaire ou politique?
La campagne d'éradication des porcs s'est poursuivie en début de semaine en Egypte, au lendemain de heurts violents entre policiers et éleveurs dans un quartier pauvre du Caire. Alors qu'aucun cas de grippe A (H1N1) n'a été recensé en Egypte, le gouvernement égyptien est le seul au monde à avoir décrété l'élimination radicale d'un cheptel d'environ 250.000 porcs. Une décision qui pourrait être interprétée comme un prétexte pour porter atteinte à la communauté copte du pays, qui élève les porcs.
Une décision gouvernementale indépendante?
Plusieurs dizaines de milliers de cochons sont élevés au milieu de tas d'ordures par quelque 35.000 zabbaline (chiffonniers), en grande majorité chrétiens, dont l'élevage de porcs est le moyen de subsistance. «Comme nous le savons, le porc est un animal impur dans l'islam. Le fait de demander l'abattage des cochons peut donc être vu comme une occasion pour les Frères musulmans, qui ont une influence sur le pouvoir, pour affaiblir la communauté», explique Monseigneur Michel Chasik, recteur des Coptes catholiques en France. «Mais il est difficile de savoir si c'est vraiment le cas ou s'il s'agit d'une décision prise par le gouvernement indépendamment de toute influence», ajoute-t- il.
Lundi, les services vétérinaires, accompagnés par des policiers, ont donc repris le chemin des élevages situés au milieu de quartiers habités par des Coptes déshérités, pour saisir les cochons et les mener vers les abattoirs. Aucun incident n'avait été signalé à la mi-journée, en particulier dans le quartier des «zabbaline» de Manchiyet Nasr, sur la colline du Moqattam qui surplombe le Caire, où des heurts s'étaient produits dimanche.
L'ombre des Frères musulmans
«Aucun autre pays, même le Mexique où l'épidémie s'est déclarée, n'a décidé d'abattre des cochons, alors pourquoi ici, je me pose la question», a déclaré un éleveur, Hani Sayed, qui arbore une croix en sautoir. Pour le père Boutros Rouchdi Saïd, porte-parole de l'église du Moqattam, la question clef est celle du dédommagement. «S'ils veulent tuer les cochons, qu'ils les tuent, mais qu'au moins ils dédommagent décemment les hommes», dit-il. Selon lui, un éleveur pouvait négocier jusqu'à 10 à 12 livres (1,2 à 1,4 euros) le kilo sa viande de porc, tandis que le gouvernement ne proposerait qu'une livre par kg.
Mais le gouvernement se défend d'avoir voulu flatter l'opposition islamiste des Frères musulmans, qui faisait campagne contre les élevages de cochons. L'islam, qui juge impur le porc, est la religion de neuf Egyptiens sur dix. Le ministre de la Santé, Hatem al-Gabali, qui a démenti tout cas humain en Egypte, affirme que c'est une mesure de salubrité publique préventive, alors que la grippe aviaire sévit en Egypte de manière endémique. Selon l'analyste Amr Choubaki, la dimension confessionnelle, avec «une porcinophobie» ambiante chez les musulmans, n'est pas à exclure, compte tenu des attaques répétées des Frères musulmans et des conservateurs du régime.
Maud Descamps