Crash dans le Sinaï: L’Egypte craint pour son tourisme

ACCIDENT Les autorités redoutent la confirmation de la piste djihadiste...

Nicolas Beunaiche

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Le Sphinx de Gizeh, en Egypte.

Le Sphinx de Gizeh, en Egypte. — Rafael Ben-Ari/NEWSCOM/SIPA

Problème technique ou attentat ? Au lendemain du crash d’un avion russe dans le Sinaï, les yeux sont tournés vers les experts qui devront examiner les boîtes noires et les débris de l’appareil. L’enjeu est évident pour les familles, qui veulent connaître les circonstances de la mort des 224 personnes à bord, comme pour les Etats en guerre contre l’Etat islamique, qui a revendiqué la responsabilité du crash. Mais à côté d’eux, une autre victime de l’accident attend avec fébrilité les conclusions des analyses : l’Egypte.

Depuis samedi, les autorités renouvellent leurs appels à ne pas prononcer trop vite le mot « attentat ». « Dans ce genre de cas, il faut laisser faire les spécialistes et ne pas évoquer les causes de la chute de l’avion car cela fait l’objet d’une vaste enquête techniquement compliquée », a déclaré le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, ce dimanche. Une prudence toute naturelle après ce type d’événements, que l’on peut aussi analyser comme une tentative de protéger l’économie du pays contre les jugements trop hâtifs.

L'Egypte mise gros sur le tourisme

Si la piste djihadiste venait à se confirmer, c’est en effet l’une des sources principales de richesse du pays, le tourisme, qui se tarirait un peu plus. En 2014, environ dix millions de touristes ont visité l’Egypte, contribuant pour 11,3 % au PIB national. Des statistiques en deçà de la période précédant le Printemps arabe -14,7 millions de visiteurs en 2010- mais qui nourrissent toutefois les rêves les plus fous des autorités.

En mars, le nouveau ministre du Tourisme, Khaled Ramy, disait ainsi viser les 20 milliards de visiteurs d’ici à 2020. Pour les attirer, il mise notamment sur deux musées gigantesques construits au Caire – celui des Pyramides et celui des Civilisations - ainsi que sur deux missions scientifiques internationales – le scan de la tombe de Toutankhamon et celui des grandes pyramides.

Ces derniers mois, la destination semblait avoir d'ores et déjà connu un regain d’intérêt dans les agences de voyages et sur les sites spécialisés. Pas forcément auprès des Français, passés de 500.000 avant 2011 à 50.000 aujourd’hui, selon Richard Soubielle, vice-président du Snav (Syndicat national des agents de voyages), mais du moins à l’étranger. Les Russes seraient ainsi trois millions à avoir passé des vacances en Egypte sur l’année écoulée, dont 90 % sur les bords de la Mer rouge, précise-t-il.

Toutes les destinations menacées

Mais cela peut-il durer ? « Si l’attentat se confirmait, le tourisme de détente au bord de la Mer rouge, jusque-là épargné par le terrorisme, en pâtirait, prédit-il. Mais il ne serait pas le seul : le tourisme culturel au Caire, sur le plateau de Gizeh et dans la Haute-Egypte serait emporté lui aussi. » Toute l’Egypte, donc.

Comme le président Al-Sissi, le vice-président du Snav ne veut pas y penser. Malgré la revendication de Daesh, son discours sur l’Egypte n’a d’ailleurs pas changé : « La sécurité des touristes est assurée sur les sites touristiques comme dans les hôtels. » Aux experts aéronautiques, désormais, de faire le même constat pour les airs.