Sur internet, la propagande de l'organisation Etat islamique.
Sur internet, la propagande de l'organisation Etat islamique. - SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Films de propagande, recrutement et radicalisation… Daesh a fait d’Internet et des réseaux sociaux son principal outil marketing. Comment et grâce à qui l’organisation terroriste parvient à rester connectée, dans une région où la plupart des installations de télécommunication ont été détruites depuis le début de la guerre en Syrie ? Le quotidien Allemand Spiegel a publié une enquête vendredi 4 décembre pour tenter d’apporter une réponse à cette question sensible.

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Des entreprises européennes dans le viseur

Le journal développe une hypothèse selon laquelle les terroristes de Daesh pourraient avoir recours à des technologies développées par plusieurs entreprises européennes. Trois sont citées : le groupe français de satellites, Eutelsat, son équivalent britannique Avanti Communications et SES au Luxembourg, qui développe également des communications satellites.

Contrairement à nos réseaux câblés, les utilisateurs syriens ont recours à des connexions satellitaires qui nécessitent l’achat d’un modem et d’une antenne parabolique. Interrogés par le Spiegel, deux commerçants basés à Antioche en Turquie, à deux pas de la frontière syrienne, assurent compter chacun « 2.500 clients en Syrie pour des revenus mensuels avoisinant 100.000 dollars ». 

Mais les entreprises qui possèdent, créent et lancent les satellites peuvent-elles réellement savoir par qui et comment sont utilisées les connexions Internet fournies par leurs appareils ? « En théorie, quiconque a de l’argent peut s’acheter une parabole et l’installer pour disposer d’un accès à Internet. Mais, dans les régions dominées par Daech, ce dernier exerce un contrôle draconien sur l’accès au Web », précise le Spiegel.

 

« Des antennes paraboliques partout dans Raqqa »

Le journal a interrogé deux activistes syriens qui décrivent certaines villes détenues par Daesh, comme Raqqa ou Deir Ezzor : « On peut apercevoir partout des antennes paraboliques, notamment sur les toits des maisons des djihadistes et des immeubles abritant les «chargés de communication» du groupe terroriste (…) sans ces antennes, Daesh serait coupé du reste du monde. »

Selon le Spiegel, Eutelsat, dont lBanque publique d’investissement est actionnaire à hauteur de 26 %, Avanti et SES ne peuvent ignorer la localisation de certains terminaux : « Les opérateurs satellites et leurs distributeurs peuvent déterminer l’emplacement de l’équipement qu’ils fournissent. Quand ils installent des antennes et configurent l’accès à Internet, leurs clients doivent fournir leurs coordonnées GPS. Si l’information fournie n’est pas bonne, la connexion est inaccessible. »

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Fermer ou maintenir ces connexions ?

Contactée par 20 Minutes, Eutelsat assure n’avoir aucun fournisseur de services en Syrie ni de contact avec d’éventuels clients sur place. « Nous n’avons pas connaissance de terminaux activés en Syrie. Et si nous obtenions une demande d’activation d’un modem basé là-bas, nous refuserions de le faire, c’est notre politique », affirme-t-on en interne. Pourtant le journal allemand aurait eu accès à certaines données GPS et affirme que dès l’année 2014, des antennes paraboliques étaient précisément situées dans des lieux contrôlés par Daesh.

Comme le groupe français, SES a déclaré au Spiegel ne pas avoir eu connaissance de clients basés en Syrie et arguait la possibilité de perdre certaines données dans la chaîne de distribution. Au-delà de l’argument économique avancé par le journaliste à l’origine de l’enquête, la question de sécurité et de coopération avec les services de renseignements pour justifier le maintien des lignes et du réseau est également évoquée.

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