Le président américain, Barack Obama (G), discute avec son homologue russe, Vladimir Poutine (D), en aparté lors du sommet du G20 à Antalya (Turquie), le 15 novembre 2015.
Le président américain, Barack Obama (G), discute avec son homologue russe, Vladimir Poutine (D), en aparté lors du sommet du G20 à Antalya (Turquie), le 15 novembre 2015. - AP/SIPA

C’était l’événement marquant de dimanche à Antalya (Turquie) : à la surprise générale, Vladimir Poutine et Barack Obama se sont isolés du reste des dirigeants du G20 pour un aparté de 35 minutes. Lors de cette entrevue, les deux hommes, qui entretiennent notoirement de mauvaises relations, se seraient accordés sur la nécessité d’une transition politique en Syrie. Une alliance avec la Russie peut-elle permettre aux Occidentaux de régler le conflit syrien et par la même occasion le cas Daesh ?

« Il faut remettre en ordre les priorités, prévient Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Qui sont les ennemis les plus dangereux pour les Etats-Unis, la Russie, la France ? Le régime de Bachar al-Assad, aussi abject soit-il, ne représente pas un risque immédiat comme l’est Daesh. » Une analyse partagée par Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique : « Il ne faut pas se tromper d’ennemi. Daesh est la menace fondamentale, un cancer qui ronge et commence à s’étendre (Libye, Mali…), et qu’il faut traiter. »

Une alliance « logique »

Pour les deux spécialistes, s’allier aux Russes « est la meilleure solution ». « Il n’y a pas une solution miracle qui va permettre d’anéantir Daesh et de pacifier la Syrie en quinze jours, mais la coopération avec la Russie, d’une façon ou d’une autre, est obligatoire », martèle Alain Rodier. Car, si les frappes aériennes permettent de contenir l’expansion du groupe, « il faut être sur le terrain », reprend Yves Boyer. Qui y est ? Outre les rebelles et les Kurdes, l’Iran, le Hezbollah, l’armée syrienne, soutenus par les raids aériens russes. « Il est donc logique de s’allier à eux. »

Cette alliance pourrait d’abord prendre la forme d’une concertation dans les raids, pour se répartir le terrain et les objectifs. Sur le terrain, « une offensive des forces syriennes loyalistes (appuyées par le Hezbollah et l’Iran) a déjà commencé dans la région d’Alep, et une autre pour reprendre Palmyre », souligne Alain Rodier, qui indique que les Etats-Unis peuvent eux appuyer les Forces démocratiques syriennes (FDS) - coalition d’unités chrétiennes, de milices arabes et de Kurdes proches des YPG - pour reconquérir Raqqa. « Si ces deux dernières batailles étaient gagnées, cela pourrait constituer le début de la fin de Daesh », note-t-il, rappelant que la chute de Sinjar vendredi a permis de couper une route très importante pour les islamistes entre le nord-est de la Syrie et le nord-ouest irakien.

Difficultés

Comme l’explique Yves Boyer, « les conditions sont désormais réunies pour trouver un point de rencontre avec les Russes. Une dynamique se crée depuis quelques semaines » : des discussions très avancées entre les Russes et le QG de la coalition dans les pays du Golfe ont lieu, alors que la Russie est elle aussi menacée par Daesh. Quant au sort de Bachar al-Assad, la question pourrait bien être réglée : « Les Russes ne sont pas attachés à la personne de Bachar, explique Alain Rodier. On peut imaginer qu’il restera à la tête du pays le temps de la transition politique, puis qu’il prenne sa retraite, son clan restant en place. » « Il est probable que Bachar ne fera pas partie de l’avenir de la Syrie, abonde Yves Boyer. A Moscou fin octobre, c’est ce que Poutine a dû lui faire comprendre », estime-t-il.

Mais, même si les obstacles semblent plus ou moins levés, même si cette alliance avec la Russie se profile, même si Daesh est abattu, le problème syrien ne sera pas réglé. « Il faut obligatoirement une solution politique, que les opérations militaires vont venir appuyer », souligne Alain Rodier. Or, difficile de réunir les représentants officiels de toutes les parties en présence en Syrie, difficile aussi de passer outre l’opposition exacerbée entre chiites et sunnites dans le pays, sans compter les autres minorités et la question kurde. Difficile enfin de savoir qui pourra - et comment - organiser des élections pour mettre en place un nouveau gouvernement.

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