Des chrétiens assyriens venus d'Irak et de Syrie, réfugiés au Liban, prient le 26 février 2015 pour les 220 assyriens enlevés par Daesh.
Des chrétiens assyriens venus d'Irak et de Syrie, réfugiés au Liban, prient le 26 février 2015 pour les 220 assyriens enlevés par Daesh. - ANWAR AMRO / AFP

Lundi, 220 chrétiens d'Orient ont été enlevés au nord-est de la Syrie par l'organisation de l'Etat islamique. Mi-février, ce sont quelque 21 Chaldéens égyptiens qui ont été égorgés en Libye par un groupe se revendiquant de Daesh. La situation de cette minorité, déjà très mauvaise, se dégrade à nouveau au Moyen-Orient. Pourquoi cet acharnement sur des populations pourtant chez elles dans la région depuis des centaines d'années ? Elements de réponse.

Qui sont les chrétiens d'Orient?

Coptes, chaldéens, melkhites, Arméniens, orthodoxes, assyriens, maronites... Groupés sous le terme «chrétiens d'Orient» par raccourci de langage et pour faire la différence avec le christianisme latin, ils sont une centaine de millions, répartis essentiellement entre l'Afrique de l'Est, l'Inde et le Moyen-Orient. «Le christianisme est une religion venue d'Orient. C'est là qu'est né l'Evangile», rappelle Jean-François Colosimo, philosophe, professeur de théologie, auteur notamment de Les hommes en trop, la malédiction des chrétiens d'Orient.

Daesh a enlevé 220 chrétiens le 23/02/2015 - ide

Pourquoi sont-ils visés par Daesh?

Comme souvent au cours de leur histoire, les chrétiens d'Orient, qui n'ont que très peu de possibilités de se défendre militairement, se retrouvent boucs émissaires d'un conflit qui les dépasse. « Daesh poursuit une stratégie très claire: faire monter les tensions communautaires », explique Jean-François Colosimo. Les terroristes considèrent les chrétiens comme des agents potentiels de l'Occident, amalgamant par exemple l'Europe et la chrétienté. Ils les instrumentalisent pour pousser l'Occident à réagir et ainsi « durcir le supposé choc des civilisations, continue le philosophe. Alors qu'ils étaient là avant la naissance de l'islam! »

Mais les chrétiens sont aussi visés pour ce qu'ils sont. « Ils sont victimes d'une véritable épuration ethnique, les islamistes cherchant à mettre en place une uniformité religieuse », avance le chercheur. En minorité, stigmatisé, sans grand protecteur international, sans territoire défini, « le chrétien au Moyen-Orient aujourd'hui est le juif d'Europe de la fin du XIXe siècle », résume Jean-François Colosimo.

Peut-on parler de génocide des chrétiens d'Orient?

Jean d'Ormesson n'a pas hésité, mercredi, a employé le terme de génocide pour qualifier ce que sont en train de vivre les chrétiens d'Orient. Pour Jean-François Colosimo, il faut faire attention aux mots que l'on utilise: «Un génocide, c'est une entreprise d'extermination qui suppose une planification. Les chrétiens d'Orient en ont déjà été victimes en 1915, lors du génocide arménien. Ce n'est pas le cas ici.» Le but de Daesh est avant tout la destruction de l'Occident, dans un sens aussi vague que large, mais aussi celle de l'autre grande branche de l'islam, le chiisme - et, au final, de toute forme de société pas en accord avec leurs préceptes. « Mais ces massacres, c'est une catastrophe de civilisation », souligne Jean-François Colosimo.

Y a-t-il un avenir pour les chrétiens au Moyen-Orient?

Le philosophe ne croit pas du tout à la solution militaire venue d'Occident. «C'est la politique américaine inconsistante après l'invasion de l'Irak en 2003 qui a créé Daesh», explique Jean-François Colosimo. Mais il ne soutient pas non plus les initiatives de création de milices chrétiennes, qui attirent quelques Occidentaux en mal d'aventure: «Même si c'est un réflexe naturel de s'armer quand on est dans un tel danger, l'histoire nous apprend que ce n'est jamais une bonne solution. Les Arméniens avaient commencé à le faire avant 1915.» La solution, s'il y en a une, serait à chercher du côté de l'Iran et de la Russie, dont la «collaboration est nécessaire pour mettre fin à la guerre». Il propose aussi la création au sein de l'Europe d'un Haut commissariat aux chrétiens d'Orient. En tout état de cause, «l'Irak au moins est un pays perdu pour les chrétiens d'Orient, avance Jean-François Colosimo. Leur présence ne pourra se faire que de manière résiduelle.»

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