Fuite de Chen Guangcheng: «C'est un test important pour la Chine»

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Publié le 2 mai 2012.

INTERVIEW - Francis Perrin, vice-président d'Amnesty International France, revient pour «20 Minutes» sur l'évasion du dissident chinois et ses conséquences...

L’«avocat aux pieds nus», Chen Guangcheng, a quitté «de son plein gré» ce mercredi l'ambassade des Etats-Unis à Pékin après y avoir passé six jours, à la suite de son évasion de sa résidence surveillée. Francis Perrin, vice-président d’Amnesty International France, analyse pour 20 Minutes les conséquences de cet «événement exceptionnel».

Comment jugez-vous l’évasion de  Chen Guangcheng?
C’est un événement exceptionnel. D’abord parce qu’on n’a pas d’autres exemples de situations dans lesquelles des dissidents auraient pu s’échapper de la sorte. Ensuite parce qu’il a eu la possibilité de se rendre à Pékin et accéder à l’ambassade des Etats-Unis. Enfin, parce qu’il en sort sur la base de plusieurs engagements si l’on en croit les autorités chinoises et américaines. Cette évasion, dans ces conditions, au nez et à la barbe des autorités locales, constitue une pilule qui est dure à avaler pour les autorités chinoises.

Quels sont ces engagements pris en faveur de Chen Guangcheng?
Dans un premier temps, il va pouvoir bénéficier de soins et retrouver sa famille. Après, il pourra déménager dans un environnement plus sûr que la région de Shandong dans laquelle il était assigné à résidence et être admis dans une université, ce qu’il désire depuis longtemps. Les autorités centrales chinoises ont également indiqué qu’elles n’avaient pas de reproches à faire contre Chen Guangcheng et qu’elles étaient prêtes à ouvrir des enquêtes à l’encontre des autorités locales accusées de mauvais traitements. Cependant, nous ne connaissons pas le contenu des discussions menées par les autorités chinoises et américaines, ni la valeur que l’on peut accorder à ces engagements. S’ils sont appliqués, ce serait un élément exceptionnel, à vérifier dans la durée, parce que si l’attention des médias se concentre pour le moment sur Chen Guangcheng, les autorités chinoises peuvent très bien se dire: «On s’en occupera plus tard».

Comment interpréter le souhait de Chen Guangcheng de rester en Chine plutôt que de s’exiler?
Ce n’est pas le seul cas parmi les défenseurs des droits de l’homme en Chine à choisir de rester sur place. Ainsi, ils peuvent contribuer à des progrès parce qu’à l’étranger, ce n’est pas la même chose même si certains sont contraints à l’exil pour des raisons de sécurité ou familiales. Ici, la grande différence avec les autres dissidents réside dans les engagements pris par les autorités chinoises à la demande des autorités américaines. Nous les avons d’ailleurs appelés de faire tout ce qui était possible pour garantir la sécurité de Chen Guangcheng et de sa famille et nous les invitons à veiller à ce que les engagements soient tenus. C’est un test important.

Que pensez-vous justement de l’action des Etats-Unis qui a accepté de l’accueillir dans son ambassade?
Je pense qu’il aurait été difficile de ne pas accueillir un dissident chinois aussi connu. Cela aurait constitué non seulement une erreur politique et morale majeure, mais également une violation du droit d’asile et de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés. De plus, dans le contexte de la campagne électorale américaine, il aurait été difficile pour l’administration Obama de ne pas faire un tel geste. On imagine que le dialogue sino-américain qui a suivi a dû être intense, mais, pour le moment, il faut se réjouir que Chen Guangcheng soit sorti par ses propres moyens de l’ambassade américaine et non pas manu militari.

Peut-on craindre des représailles des autorités chinoises à l’encontre d’autres dissidents pour éviter une nouvelle déconvenue de ce type?
La vis est déjà bien serrée et je ne sais pas s’il reste quelque chose à resserrer. Nos inquiétudes vont plutôt vers ceux qui ont aidé Chen Guangcheng dans son départ. Les autorités américaines ont plaidé en leur faveur, mais il n’y a pas eu d’engagement des Chinois sur ce point. Pour les autres dissidents, il faut se servir de cette situation comme d’un levier et braquer les projecteurs sur eux aussi. Il serait extrêmement positif que les autorités chinoises décident de rentrer dans le droit chemin et que la lutte des dissidents soit au contraire un apport pour la société. Elles doivent accepter beaucoup plus d’ouverture sachant que les dissidents ne demandent pas des changements forcément politiques en tant que tels, mais plutôt dans le domaine des droits humains sur lesquels les autorités ont déjà pris des engagements.

Propos recueillis par Corentin Chauvel
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