Syrie: Le double veto russe et chinois va-t-il encourager la répression?

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Publié le 6 février 2012.

SYRIE - Les diplomates occidentaux redoutent un durcissement de la répression du régime de Bachar al-Assad...

Le double veto russe et chinois à une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité des Nations unies va encourager le président Bachar al-Assad à poursuivre sa répression féroce des opposants syriens, selon des diplomates occidentaux et des experts. «Toute nouvelle effusion de sang sera de leur responsabilité», a affirmé l'ambassadrice américaine aux Nations unies Susan Rice après le vote. Des pays européens et arabes ont aussi exprimé leur indignation, soulignant que ce veto intervenait quelques heures après l'annonce par l'opposition syrienne d'un massacre de civils à Homs et que Moscou et Pékin avaient déjà bloqué une résolution occidentale en octobre.

Moscou «arme le gouvernement» et lui «offre une protection diplomatique»

Les promoteurs du texte ont fait valoir que celui-ci visait essentiellement à appuyer les efforts de règlement politique de la Ligue arabe. Mais ce texte était «déséquilibré» et appelait à un «changement de régime» imposé, un casus belli pour Moscou, selon le représentant russe aux Nations unies Vitali Tchourkine. La Russie a demandé que le vote soit reporté en attendant la visite mardi de son chef de la diplomatie Sergueï Lavrov, à Damas. Mais après le massacre de Homs, le Conseil, muet depuis onze mois, «ne pouvait plus attendre» pour prendre position, a répliqué Susan Rice.

Les ambassadeurs français, britannique et allemand, entre autres, ont souligné les concessions faites à Moscou dans le texte: pas de mention explicite d'un départ d'Assad du pouvoir, pas d'embargo sur les armes, ni d'évocation d'une intervention militaire. «Moscou non seulement arme sans vergogne un gouvernement qui tue son propre peuple mais lui offre une protection diplomatique», selon Philippe Bolopion, de l'ONG Human Rights Watch. Pour Andrew Tabler, de l'Institut de Washington pour la politique au Porche-Orient, «les concessions occidentales ont incité les Russes à demander davantage encore et Moscou a couvert la stratégie sécuritaire du régime syrien». Au fil des négociations, la Russie «a joué la montre», a-t-il ajouté. «C'est une victoire pour sa politique de soutien au président Assad».

Une «repoutinisation» de la Russie au Conseil de sécurité?

Cependant, les treize autres pays membres du Conseil ont voté en faveur de la résolution cette fois-ci. Seuls dix l'avaient fait en octobre. Pakistan, Afrique du Sud et Inde s'étaient abstenus. Les Russes «doivent se rendre compte qu'ils n'en sortent pas grandis: ils ont traîné les pieds, ont réclamé plus de concessions, le régime (syrien) en a profité pour bombarder sa population civile, et en plus de ça ils mettent leur veto», a résumé Andrew Tabler. «Ce n'est pas une victoire pour la Russie et la Chine, le fait que l'Inde, l'Afrique du Sud et le Pakistan aient voté avec l'Occident est un énorme succès moral pour les Etats-Unis et les Européens», affirme Richard Gowan, du Centre pour la coopération internationale de l'Université de New York. Ce double veto va selon lui «dégrader sérieusement les relations des Russes et des Chinois avec la Ligue arabe». «L'Arabie saoudite et les pays du Golfe vont interpréter le fort soutien à la résolution comme un signe qu'ils peuvent faire monter la pression sur Assad avec l'assurance de bénéficier d'un large appui international», a-t-il ajouté. L'ambassadeur russe a rejeté d'avance cet argument: «Nous espérons bien être compris par la communauté internationale et par le peuple syrien».

Selon des diplomates, la Russie s'est montrée de plus en plus agressive au Conseil ces derniers mois. Certains l'interprètent comme une «repoutinisation», c'est-à-dire un durcissement de la politique étrangère russe avant le retour attendu de Vladimir Poutine à la présidence. Quand Vitali Tchourkine a assuré la présidence tournante du Conseil en décembre, il n'hésitait pas à interpeller vivement ou à interrompre ses collègues. «Si c'est ce que le Conseil de sécurité va devenir quand Poutine reviendra à la présidence», commente Richard Gowan, «il ne reste plus aux diplomates de l'ONU qu'à prendre quelques années de vacances».

© 2012 AFP
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