De nouveau «harmonisée» - terme ironique désignant la censure – au moment de l’anniversaire du massacre de Tiananmen, la toile chinoise vient d’être le théâtre d’une mobilisation citoyenne sans précédent.
Le 10 mai, Deng Yujiao, 21 ans, une jeune pédicure, a porté un coup de couteau fatal à un responsable politique local de la province du Hubei, qui sollicitait un «service spécial». Essuyant un refus, l’homme se serait apprêté à la violer. Arrêtée, la jeune femme plaide la légitime défense.
Le renvoi de ses avocats suscite la colère
Mais les premiers rapports de police semblent au contraire dédouaner le cadre. Le renvoi inexpliqué de ses deux avocats a achevé de susciter l’ire des internautes, qui se sont emparés de la cause, allant jusqu’à décerner à Deng Yujiao le titre d’«héroïne de l’année 2009».
Selon une source diplomatique, cette affaire est loin d’être anodine. La mobilisation exceptionnelle des internautes a duré trois semaines. Nuit et jour, ils ont rivalisé d’articles, commentaires, blogs, mais aussi poèmes et chansons de soutien. Un bloggeur auto-nommé «le brigand qui court après le vent» s’est même rendu à son chevet, à l'hôpital.
Certes, aucun d’entre eux ne souhaite se substituer à la justice, et la plupart réagissent parce qu’ils estiment que la loi n’a pas été bien appliquée, mais leur discours a gagné en maturité. «Il n’exprime pas seulement des frustrations, mais aussi un attachement à des concepts publics et sociaux». Autrement dit, l’émergence d’un embryon de société civile sur Internet.