Des Berlinois partent à la recherche d'anciens habitants juifs de leur immeuble

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Publié le 9 juillet 2012.

BERLIN - "Que s'est-il passé dans notre appartement il y a 70 ans"? Des Berlinois sont partis à la recherche des anciens locataires juifs de leur immeuble, déportés sous le IIIe Reich, pour que ces victimes des nazis ne soient pas oubliées.

Dans une rue tranquille de Berlin, le regard s'accroche à une plaque commémorative installée à côté de la porte d'entrée d'un immeuble cossu. "Aux 28 voisins, femmes, hommes et enfants, qui ont vécu dans cet immeuble et qui ont été persécutés, expulsés ou assassinés par le (régime) national-socialiste".

Dans l'entrée, une autre plaque rappelle les noms de tous ces anciens locataires. La plupart sont morts à Auschwitz, Theresienstadt ou Treblinka.

Berlin comptait quelque 160.000 juifs avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir, dont une bonne partie vivait dans ce quartier de Berlin Schöneberg.

Il a fallu trois ans de minutieuses recherches pour retrouver la trace de ces anciens locataires victimes de l'Holocauste. Des centaines d'heures à éplucher des archives, des courriels envoyés aux quatre coins du monde, des soirées entières entre copropriétaires pour recouper les informations.

Un travail de fourmi effectué par 7 ou 8 habitants, ni historiens ni archivistes, mais qui ont voulu effectuer "une sorte d'acte politique", selon Gabrielle Pfaff, qui vit ici depuis près de 30 ans.

"Le but des nazis, c'était d'anéantir ces gens. Ce que nous avons voulu faire, c'est empêcher complètement cela", poursuit une autre habitante, Niki Graça-Heilmeyer. "Nous ne pourrons jamais faire revivre les gens qui ont vécu ici, mais on peut ramener leurs noms dans les consciences".

"Si nous, habitants de ce lieu, nous ne faisons rien, personne ne le fera", explique de son côté Peter Schulz, à l'origine de cette initiative privée.

Il y a trois ans, en déambulant avec sa compagne dans les allées d'une exposition consacrée aux juifs avant-guerre, il tombe sur une photo de deux enfants, Margot et Werner Vohs, prise sur un balcon. Son balcon.

"Ce fut un véritable choc!", souligne-t-il. "Jusqu'ici, nous ne connaissions la déportation que dans les livres d'Histoire. Tout à coup, nous avons réalisé que nous étions bien plus liés à l'horreur de l'Holocauste que ce que nous imaginions jusqu'ici".

Peu après, il entame des recherches pour retrouver ces deux enfants qui sourient à l'objectif, avant l'horreur. Des voisins se lancent à la recherche de tous les anciens habitants. Ils épluchent les registres municipaux.

Werner Vohs est mort à 17 ans à Auschwitz. Sa soeur, Margot, seule survivante, vit aujourd'hui au Pérou.

Kurt Landsberger, qui avait 18 ans lorsqu'il dut quitter l'immeuble, vient de revenir pour la première fois sur les lieux de sa jeunesse. A 90 ans. Grâce à ces habitants qui l'ont retrouvé dans le New Jersey (Etats-Unis) où il vit depuis la Guerre et l'ont invité dans son ancien appartement.

"Quand je suis revenu dans l'immeuble, pour la première fois depuis que je l'avais quitté il y a 72 ans, je ne savais pas à quoi m'attendre", explique-t-il dans un courriel à l'AFP. "J'ai monté les marches jusqu'au deuxième étage et j'ai été accueilli par (les actuels habitants). J'ai fait le tour de cet appartement dont je n'avais que de vagues souvenirs car c'était il y a si longtemps", poursuit-il. C'était "très émouvant".

"Je suis née en 1949 et j'ai souvent demandé à mes parents ce qu'ils avaient fait sous les nazis", explique Gabrielle Pfaff qui a retrouvé M. Landsberger. "La génération de mes parents, c'est celle qui a fermé les yeux. Moi je veux faire en sorte qu'un tel crime ne se reproduise jamais".

Avant l'inauguration des deux plaques commémoratives, la petite-fille du couple Lindenberg, une famille déportée en 1941, a écrit aux habitants de l'immeuble: "C'est un peu comme si Johanna et Hermann étaient à nouveau vivants".

Son travail achevé, Peter Schulz se sent aujourd'hui plus apaisé. Pourtant, raconte-t-il, les larmes aux yeux, "en rénovant notre appartement, nous avons retrouvé des petites pièces entre les lattes du parquet, des petits morceaux de jouet. Je me suis demandé si c'étaient des traces laissées par les gens qui ont vécu ici et qui ont été déportés".

© 2012 AFP
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