Polémique après la tuerie dans une école en Allemagne

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Publié le 11 mars 2009.

DECRYPTAGE - Avec la tuerie de Winnenden, la question de la sécurité à l'école et les insuffisances du système scolaire allemand ressurgissent.

De notre correspondante à Berlin

Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne est confrontée à une fusillade en milieu scolaire. Au contraire. En février 2002 à Freising, après avoir tué deux cadres de l’entreprise où il avait été licencié, un jeune homme de 22 ans achève le proviseur de son centre d’apprentissage avec deux grenades. Mais c’est quelques mois plus tard que l’Allemagne connait son «Columbine» avec le massacre d’Erfuhrt, capitale du Land de Thuringe, en ex-RDA; le 26 avril, un jeune homme de 19 ans fait irruption dans le lycée Gutenberg d’où il avait été exclu quelques mois auparavant. Robert Steinhaüser, en échec scolaire et fan de vidéos jusqu’alors décrit comme «normal» par ses condisciples, est armé d’un fusil à pompes et d’un pistolet. Il tire avant de retourner l’arme contre lui. Le bilan est de 17 morts, dont treize professeurs.

Influence des jeux vidéos ou législation sur les armes à feu, la débat sur la violence et les jeunes s’empare du pays. Après le drame d’Erfuhrt, Angela Merkel, qui n’est pas encore élue Chancelière, déclare: «Nous ne devons pas comprendre mais tirer les conséquences d’un tel geste, pour qu’un deuxième Erfuhrt soit improbable, sinon impossible.» Les armes sont interdites en Allemagne depuis 1976 par la Waffengesetz (législation sur les armes), sauf pour les détenteurs d’un permis spécial concernant le sport et la chasse. Fin 2002, le Bundestag décide de restreindre encore davantage les conditions de vente d’armes aux titulaires de licences. Parallèlement, une loi sur la protection des jeunes (Jugendschutzgesetz) est votée, incluant notamment une limite d’âge pour l’achat ou l’utilisation de jeux vidéos.

Sentiment d'échec

Concernant la sécurité à l’école, les deux plus grosses organisations de professeurs, la Gerwerkschaft Erziehung und Wissenschaft (GEW) et la Verband Bildung und Erziehung (VBE) ne veulent pas céder à la psychose et refusent d’adopter ce qu’elle nomment «l’attitude américaine». Pas question donc d’installer des détecteurs de métal, des caméras de vidéosurveillance ou des vigiles dans les écoles allemandes. En outre, les établissements scolaires restent des lieux publics, donc quasiment impossibles à protéger. Les associations préconisent au contraire une sensibilisation des élèves au thème de la violence, à travers des cours intégrés à l’enseignement commun.

Aujourd’hui, le sentiment d’échec est partagé. «Trop peu a été fait après Erfuhrt,» constate amèrement Rolf Busch, responsable de la VBE dans le Land de Thuringe. «Nous aurions dû être plus exigeants. Des policiers, des psychologues ou des pédagogues auraient dû être employés. On attend tout de l’école en Allemagne, mais on l’a laissée seule.» Pas de moyens, peu de débouchés, le système scolaire allemand est ainsi régulièrement pointé du doigt. Les syndicats et associations de parents d’élèves en appellent régulièrement à une réforme de l’enseignement primaire dont la gestion, fédéralisme oblige, dépend du budget de chaque Länder. Avec des disparités parfois flagrantes.

En mars 2007, le rapporteur des Nations unies, Vernor Munoz, rendait un rapport particulièrement virulent, décrivant un modèle «extrêmement sélectif et discriminatoire». A partir de 10 ans, c’est le directeur d’école primaire qui décide ou non d’autoriser l’enfant à poursuivre sa scolarité jusqu’à l’Abitur, le bac. Dans le cas inverse, l´enfant est orienté vers une formation plus courte, les Realschule ou Hauptschule. Si théoriquement, les passerelles existent entre les diverses sections, elles restent le plus souvent théoriques. Beaucoup d’élèves, particulièrement ceux issus de milieu défavorisés ou de l’immigration, se retrouvent dans des filières souvent considérées comme des voies de garage. Selon le classement Pisa de 2008, seul 5,2% du PIB de l’Allemagne est investi dans l’éducation, contre 6,1% pour la France ou 8% pour l’Islande.
A Berlin, Prune Antoine
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