50 milliards de dollars pour l'Afrique: «Il a fallu la pression des ONG, de l’ONU et des présidents africains»

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Publié le 9 juillet 2008.

INTERVIEW - Luc Lamprière, directeur de l'ONG Oxfam France, est au Japon pour le sommet du G8...

Au-delà des mesures annoncées pour lutter contre le réchauffement climatique, les pays du G8 ont réaffirmé mardi leur engagement de doubler leur assistance à l’Afrique d'ici à 2010 (par rapport à 2004). L’objectif est d’atteindre les 50 milliards de dollars par an. 20minutes.fr a joint Luc Lamprière, directeur général de l’ONG Oxfam France, qui se trouve sur place à Toyako au Japon.


Le premier projet de communiqué du G8 ne donnait pas d’objectif chiffré. La réaffirmation de l’objectif des 50 milliards annuels est-elle une victoire pour les ONG?
C’est une victoire paradoxale car le groupe des 8 ne fait que réaffirmer le chiffre introduit lors du G8 de Gleaneagles (Royaume-Uni) en 2005. Après les beaux discours lors des sommets, les chefs d’Etat ont pour habitude d’enterrer discrètement leurs promesses. Il était malgré tout important d’introduire ces objectifs chiffrés dans le communiqué final, d’autant que pour l’instant ils n’ont pas été tenus. Il a fallu la pression des ONG, de Ban-Ki-Moon, le secrétaire général de l’ONU, et des chefs d’Etat africains pour que les négociateurs se remettent au travail dans la nuit de lundi à mardi et réintroduisent ce chiffre de 50 milliards.

Vous estimez que pour l’instant, le compte n’y est pas. Qu’est ce qui peut pousser les pays du G8 à tenir leurs engagements d’ici à 2010?
Au rythme actuel, il manquera 30 milliards de dollars. Mais en réaffirmant ce principe, les chefs d’Etat prennent un engagement moral vis-à-vis de leur population et des pays africains. Quand Nicolas Sarkozy déclare devant le monde entier «nous allons le faire», cela engage chacun des citoyens français.

Justement, vous critiquez l’attitude française sur le dossier de l’aide africaine…

Ce qui nous frappe, c’est que la France répète ses engagements internationaux mais ne se donne pas les moyens budgétaires d’y parvenir. Le budget 2009 est actuellement à l’étude et on ne voit rien qui puisse aller dans le bon sens. Il faut que Nicolas Sarkozy fasse pencher la balance en faveur d’une augmentation des crédits, dès son retour du Japon. D’autant qu’Angela Merkel a promis la semaine dernière de consacrer 800 millions d’euros supplémentaires par an à l’aide au développement. Si les Allemands le font, je ne vois pas pourquoi la France resterait à la traîne.

Vous êtes actuellement au Japon. Quelle est la place de dirigeants d’ONG dans un sommet où les discussions se passent à huis clos dans un hôtel retranché?

Nous sommes effectivement tenus à l’écart. Je suis logé à vingt minutes en voiture de l’hôtel où se déroule les débats. Mais je garde mes contacts habituels avec les membres des délégations. Pour nous, le sommet du G8 n’est que l’aboutissement d’un long travail de pression en amont.
Propos recueillis par Vincent Glad
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