Afghanistan: de plus en plus d'attaques, Karzaï désenchanté

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Publié le 21 juin 2012.

KABOUL - Le président afghan Hamid Karzaï a présenté jeudi devant le Parlement une image désenchantée de son pays après plus de dix ans de présence occidentale, s'alarmant notamment de la hausse du nombre d'attaques contre ses forces de sécurité, censées protéger seules le pays après 2014.

Chaque jour, 20 à 25 policiers, militaires ou agents de renseignement périssent au combat face aux rebelles talibans, s'est ému le chef de l'Etat, en remarquant que "les attaques ont augmenté ces deux ou trois derniers mois".

Mercredi, un attentat suicide perpétré contre une patrouille conjointe de l'Otan et afghane a fait 21 morts, dont au moins 3 soldats de l'Otan et 3 policiers afghans.

"Les ennemis de l'Afghanistan ont compris que c'est à l'armée et à la police de défendre l'Afghanistan, (et) qu'elles sont la base de ce pays. Ils veulent affaiblir les fondations" de l'Etat afghan, a estimé le chef de l'Etat.

Les déclarations de M. Karzaï contredisent la version de ses alliés de l'Otan, selon qui la situation s'améliore à l'approche du retrait de leurs troupes de combat, que les forces afghanes doivent remplacer d'ici à la fin 2014.

Dix ans après l'arrivée de la coalition internationale, forte de 130.000 hommes aujourd'hui, l'insurrection antigouvernementale menée par les talibans continue de mener une guérilla sanglante, surtout dans le sud et l'est du pays.

Les pays de l'Otan, soucieux d'éviter un embourbement coûteux en Afghanistan, semblent déterminés à quitter à tout prix ce pays, au risque de ne pas fournir d'ici là de gages de sécurité suffisants au peuple afghan.

Pour éviter une future guerre civile ou un retour des talibans, qu'elle avait chassés du pouvoir à la fin 2001, la coalition internationale s'emploie à former à marche forcée les nouvelles forces de sécurité afghanes, qui comptent pour l'instant 340.000 hommes et dont les effectifs passeront à 352.000 en octobre.

A l'insécurité s'ajoute l'incertitude sur la pérennité de leur financement.

Un récent sommet de l'Otan à Chicago a entériné le versement de 4,1 milliards de dollars annuels dans ce but. Mais cette somme n'est pour l'instant qu'une promesse générale, certains pays comme la France n'ayant à ce jour pas répondu aux demandes de l'Otan. Et elle ne permet de payer que 228.500 policiers et soldats.

Maintenir une force de 352.000 hommes coûterait 6 milliards de dollars.

Officiellement, personne n'a pour l'instant expliqué qui payera la différence, soit 1,9 milliard de dollars.

"L'Afghanistan mangera de l'herbe s'il le faut mais elle bâtira ses forces de sécurité, avec ou sans l'argent étranger", a lancé Hamid Karzaï qui, outre 4,1 milliards de dollars pour ses armées - dont 500 millions payés par le gouvernement afghan - espère recevoir à partir de 2015 4 milliards de dollars annuels au titre de l'aide civile.

L'un des principaux obstacles à la générosité des donateurs est le niveau de corruption préoccupant que connaît le pays, largement pillé, notamment par ses cadres, qui profitent de l'impunité judiciaire.

"La corruption a atteint des sommets ici. Le vol de biens, le vol de terres gouvernementales, l'intimidation, le manque de sécurité dans les maisons constituent les douleurs dont souffrent le peuple afghan", a énuméré M. Karzaï devant le parlement afghan.

Le président a appelé les bailleurs de fonds internationaux à ne pas accorder de contrats de construction aux responsables gouvernementaux ou leurs familles car cela ne fait qu'exacerber la corruption.

Les proches de M. Karzaï font eux-mêmes régulièrement les gros titres de la presse pour des délits financiers présumés.

Plus de 40 milliards de dollars d'aide civile internationale ont été déversés en Afghanistan depuis l'arrivée fin 2001 de la coalition de l'Otan, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L'ONG Transparency international classait en 2010 l'Afghanistan comme le deuxième pays le plus corrompu au monde, ex-aequo avec la Birmanie.

D'après de nombreux témoignages, le rejet des autorités locales corrompues est l'un des principaux motifs pour lesquels des Afghans rejoignent les rebelles talibans.

© 2012 AFP
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